2013 pourrait être une année noire pour le raffinage européen

2013-04-24T16:29:25+00:00

Soucieuse de la sécurité des approvisionnements, la Commission européenne veut faire le bilan d’une industrie européenne en pleine crise.

Avec des niveaux de marge élevés sur l’année 2012, les acteurs du secteur du raffinage se montraient confiants pour 2013. Mais depuis le 1er janvier, « les marges brutes de raffinage sont très basses. Certains jours, elles ont même été nulles voir négatives. Elles ne couvrent même pas les coûts de traitement », souligne Jean-Louis Schilansky, président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), qui estime que l’année 2013 pourrait être une « année noire » pour le raffinage européen. « Sur les six premiers mois de l’année 2012, les marges des raffineries européennes étaient plutôt élevées avec un plus haut de 48 euros par tonne, en moyenne, au troisième trimestre. Puis nous avons assisté à une chute spectaculaire fin novembre – autour de 14 à 15 euros, la tonne – qui s’est accentuée fin décembre pour tomber à des niveaux de marge brute nuls », explique-t-il en jugeant cette situation « très préoccupante » si elle venait à durer.

Comment expliquer ce décrochage alors qu’il y a quelques mois encore, l’activité de raffinage était présentée par les majors comme performante. Sur ce seul segment, les groupes ExxonMobil et Total ont engrangé respectivement trois milliards de dollars et plus d’un demi-milliard d’euros entre juillet et septembre. Les raisons de ce décrochage sont d’abord de nature conjoncturelle : « Avec un hiver relativement doux en Europe et aux Etats-Unis, la demande domestique est faible et les prix des produits raffinés ont du mal à se maintenir. Simultanément du fait d’une demande mondiale en pétrole soutenue, le prix du baril de brut reste élevé, aux environs de 110 dollars. Cette situation de marché explique en partie la faiblesse des marges de raffinage. De plus, certaines raffineries qui étaient à l’arrêt l’an dernier pour des opérations de maintenance, ont repris leurs traitements. On observe donc un afflux de production important, y compris
en provenance des Etats-Unis, ce qui accroit l’offre de produits sur le marché européen, et du même coup, provoque un affaissement des marges de raffinage », analyse Jean-Louis Schilansky.

La concurrence américaine

Au plan structurel, il poursuit : « En premier lieu, il y a la concurrence de plus en plus forte des raffineries américaines. Les raffineries situées sur la côte Est des Etats-Unis bénéficient aujourd’hui d’un avantage concurrentiel sans précédent par rapport aux raffineries européennes. Elles s’approvisionnent à bon prix en pétrole et en gaz de schiste pour alimenter leur outil de production. Le coût de leur autoconsommation en énergie – entre 6 et 8 % de leur coût, selon la complexité des opérations de raffinage – diminue de ce fait. La pression sur les prix sur les marchés globaux et ouverts du raffinage s’en trouve ainsi renforcée ». Dans ce contexte, et face au développement de nouvelles capacités aux Etats-Unis, en Inde, en Chine ou bien encore au Moyen-Orient, de nouvelles réductions de capacité en Europe ne peuvent pas être exclues. En l’état, les experts préfèrent ne pas s’avancer tant la donne est complexe. « Tout dépendra de la dureté des conditions économiques en Europe », concède le président de l’UFIP.

Avant ce décrochage des marges, les experts tablaient déjà sur une nouvelle diminution de 10% des capacités dans les toutes prochaines années en Europe. « Les effets de la concurrence internationale, d’une demande de produits pétroliers en baisse et du déséquilibre croissant entre essence et gazole, sont aggravés par le poids grandissant de la législation  » environnement et climat  » qui affaiblissent la compétitivité du secteur face à ses concurrents non-européens », précise Europia, l’Association européenne de l’industrie pétrolière (Europia) sur le raffinage en Europe. Et cette pression devrait s’accentuer avec l’ouverture, au 1er janvier 2013 du « European Union Emission Trading Scheme » (ETS). Avec ce nouveau dispositif communautaire d’échange de quotas d’émission de CO2, certaines raffineries, vont devoir racheter une partie du CO2 qu’elles émettent.

Actuellement, le niveau se situe, en moyenne, à 0,2 tonnes de CO2 produite par tonne de brut. Ce qui revient à facturer 1,2 euros la tonne de CO2 à la raffinerie selon sa performance énergétique. « Ce sont des charges supplémentaires pour le raffinage européen », réagissent les professionnels du secteur qui pointent du doigt cette pénalité qu’ils ne pourront pas compenser du fait de la forte concurrence sur les marchés internationaux. « L’industrie du raffinage fait face à une politique européenne environnementale pénalisante. Et ce d’autant plus que les raffineries européennes sont seules à assumer ces normes environnementales élevées. Dans le contexte économique actuel, cela peut compromettre l’avenir de certaines raffineries », remarque l’UFIP.

Un Forum européen permanent sur le raffinage

Le dossier est aujourd’hui sur la table à Bruxelles. Un forum de réflexion sur le bilan et l’avenir du raffinage va être lancé au premier trimestre. « Il convient cependant de déterminer si ce forum aura l’autorité pour faire des recommandations à la Commission et si celles-ci seront suivies d’effets. En effet, afin de pérenniser l’activité de l’industrie du raffinage en Europe, il est nécessaire de mettre en place les conditions qui permettront aux industriels non seulement d’investir en Europe mais surtout d’avoir un retour sur investissements. Cette précision est très importante dans la mesure où certaines directives européennes, comme la directive sur les émissions industrielles, vont imposer des investissements (entre 150 et 300 millions €/site) pour se conformer aux nouvelles normes d’émissions sur les sites de production. A défaut, les états membres ne délivreront pas de permis d’exploitation. Il s’agit donc là d’investissements uniquement destinés à maintenir l’activité sans pour autant générer de retour sur investissements » estime Europia.

Parallèlement au forum, la Commission européenne va aussi entreprendre un « fitness check » (Communication sur une Politique Industrielle publiée le 10 Octobre 2012) qui consiste à évaluer l’impact cumulé des législations européenne en vigueur sur la compétitivité de notre secteur par rapport à ses concurrents hors Union Européenne. « Depuis 2009, nous n’avons eu cesse de mettre en garde les autorités européennes des difficultés du secteur mais ce n’est que depuis la faillite de Petroplus que la Commission, le Parlement Européen et certains états membres se sont préoccupés de la situation précaire de l’industrie du raffinage », rappelle l’Association européenne avant d’ajouter : « Nous attendons donc une réponse urgente des autorités européennes qui permettra à notre industrie de rester compétitive par rapport aux raffineurs d’autres régions ».

Encourager l’exploitation des gaz de schiste

« Il nous faut évoluer en commençant, en France, par une évolution progressive de la fiscalité sur le gazole pour rééquilibrer la demande entre essence et diesel. En Europe, il faudrait établir un moratoire sur les quotas de CO2, autoriser et encourager l’exploitation des gaz de schiste, et peut-être envisager une taxe carbone aux frontières. Sinon, lentement mais sûrement, l’Europe va devoir faire face à des difficultés croissantes dans cette industrie », prévient Jean-Louis Schilansky. Europia tire la sonnette d’alarme : A ce jour, près de 25% des raffineries ont été soit vendues, sont en vente, à l’arrêt ou encore transformées en terminal logistique. « La demande mondiale pour les produits raffinés va continuer de croître au cours des prochaines années. A contrario, la demande européenne va connaître une diminution de la demande (14% de la demande mondiale en 2008 à 11% en 2030). La part que représente le pétrole dans le mix énergétique européen passera de 34% en 2009 à 30% en 2030 et aux environs de 20% en 2050 (dans les scénarios les plus ambitieux de l’AIE). Cela étant, la part du pétrole dans le transport restera toujours conséquente (95% en 2009, 89% en 2030 et encore 55% en 2050) ». Cette réduction de la demande « aura nécessairement un impact sur l’industrie du raffinage en Europe. Les raffineurs européens devront compenser cette diminution de la demande intérieure par des exportations vers d’autres marchés pour autant bien sûr que notre industrie soit suffisamment compétitive. Si l’industrie ne peut relever ce défi, alors il est probable que l’on assistera à un désengagement progressif des raffineurs au sein de l’Union Européenne, avec des conséquences en termes de sécurité d’approvisionnement et d’emploi, sans oublier les effets sur l’industrie pétrochimique qui est étroitement liée au raffinage, ou encore au leadership de l’Europe en termes de spécifications des carburants », remarque l’Association. La fermeture des raffineries européennes impactera de façon dramatique le marché de l’emploi – l’industrie du raffinage emploie 600 000 personnes en Europe-, l’innovation, et la sécurité d’approvisionnements en produits pétroliers.

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