Alain Marion – Vice-Président Senior responsable des actifs et technologies Subsea du groupe Technip

2012-12-18T14:27:29+00:00

« Nous affirmons notre positionnement sur toute la chaîne de valeur y compris en aval dans la sécurité des infrastructures sous-marines»

Les perspectives d’avenir du secteur des hydrocarbures sont portées par les projets en eaux profondes. Comment, selon vous, va évoluer le marché de l’offshore et du subsea ?

AM : Les perspectives de croissance dans le secteur sous-marin sont bonnes. Toutes les études le montrent tant au niveau des conduites flexibles conventionnelles que des plates-formes de production nécessitant des lignes d’exportation. En 2011, quelques 12.000 kilomètres de  lignes ont été posées. Et l’on parle de 20.000 kilomètres par an d’ici 2015-2016 soit une augmentation à deux chiffres d’ici 5 ans. En l’absence d’événements macro- économiques majeurs qui pourraient venir perturber l’essor du marché, nous pouvons affirmer que  la dynamique est bien enclenchée. Nous sommes plutôt optimistes. D’autant qu’après l’accident de la plate-forme de Macondo dans le golfe du Mexique, l’activité reprend dans cette zone ; le Brésil continue d’aller de l’avant tout comme l’ouest africain, même si quelques projets ont pris un peu de retard. De plus, avec les développements gaziers en Asie-Pacifique, particulièrement en Australie, nous nous orientons également vers de grands chantiers. Parallèlement à cela, nous intervenons toujours pour des champs de la mer du Nord qui demeure notre principal marché en infrastructures sous-marines, à égalité avec le marché brésilien.

Le Brésil représente un incroyable laboratoire pour les technologies subsea et offshore profond, quelles sont vos ambitions dans ce pays ?

Pour Technip, le Brésil est une région clé. Technip a déjà beaucoup investi dans ce pays. Nous y sommes présents depuis 35 ans, et nous avons accompagné la compagnie nationale Petrobras dans ses développements en eaux profondes durant toutes ces années. Aujourd’hui, le Brésil s’est hissé dans la cour des grands producteurs de pétrole aux côtés du Venezuela et de l’Arabie Saoudite. Le potentiel de croissance de la production en hydrocarbures est immense au regard des nouvelles découvertes pré-salifères. Les autorités brésiliennes estiment ces réserves entre 50 et 100 milliards de barils équivalents pétrole. Petrobras a choisi la technologie du flexible et nous avons construit notre première usine de fabrication de flexibles en 1986 dans ce pays. Aujourd’hui, nous disposons avec notre partenaire norvégien DOF de deux navires battant pavillon brésilien spécialisés dans la pose de flexibles et d’ombilicaux. Technip détient également  trois bateaux en propre. Pour répondre à la forte croissance de la demande de conduites flexibles, nous disposons aussi d’une flotte de navires pour la pose de conduites rigides à l’instar de celles posées pour le champ de Canapu, situé dans le Bassin d’Espírito Santos par une profondeur d’eau de 1 700 mètres. Nous avons aussi assuré la fourniture et l’installation de risers hybrides et de conduites de grand diamètre par 1 800 mètres de fond dans le cadre du PDET (plan du développement du Bassin de Campos) pour des systèmes de transfert de pétrole des plates-formes situées dans les eaux profondes du bassin de Campos jusqu’aux plates-formes de collecte près des côtes.

Les coûts d’extraction sont de plus en plus importants. Comment rentabiliser de tels projets ?

Nous ne sommes pas dans le contexte de 2006-2007 où l’on pouvait constater une croissance incontrôlée des bases de coûts. Les coûts, certes, augmentent compte tenu de la complexité des projets, mais au-delà des 80 dollars le prix du baril, les coûts des projets se situent à des niveaux bien inférieurs aux seuils de rentabilité qui assurent la viabilité économique des développements dans le monde. Concernant les champs pré-salifères au Brésil, par exemple,  ce ne sont pas tant les infrastructures sous-marines, mais plutôt le forage qui coûte cher. D’après les chiffres publiés par Petrobras, la partie forage, selon la nature et la complexité du champ, peut varier de 30 à 50 % du coût total des développements. Quoi qu’il en soit, la profession se mobilise, Technip en particulier, pour se configurer rapidement à la demande sur les aspects techniques mais aussi sur les besoins croissants en compétences humaines. C’est dans cette dynamique que nous devons entrainer l’ensemble de la « supply chain » et de nos prestataires.

Quelle est votre stratégie dans l’activité navale, notamment après l’acquisition de  Global Industries ?

Technip exploite l’une des flottes de navires de pose parmi les plus modernes de l’industrie. Nous disposions déjà des technologies de pose de pipelines en « déroulé » et en « J » mais pas en « S ». Or en Afrique, beaucoup de champs se développent avec la technologie en « S ». Global Industries est spécialisée dans cette méthode en « S ». L’acquisition de cette société américaine nous permet ainsi d’élargir notre offre. De plus, sur les quatorze bâtiments détenus par Global Industries, deux sont particulièrement performants et permettent la pose de pipes de grand diamètre, sur de grandes distances, et par grande profondeur d’eau, allant jusqu’à 3 000 mètres. Aujourd’hui, les gisements pétroliers au Brésil comme celui de Lula se situent à 2 200 mètres de profondeur d’eau. Nous avons installé sur le champ de Perdido dans le golfe du Mexique des conduites installées à près de 3 000 mètres de fond. Nous venons, par ailleurs, de remporter avec notre partenaire brésilien Odebrecht Oil & Gas, un important contrat pour l’affrètement et l’exploitation de deux navires de pose de conduites flexibles pour Petrobras. Ce contrat porte sur des bateaux de nouvelle génération capables de poser des conduites flexibles supportant 550 tonnes de tension de pose. Jusque-là, les bateaux disposaient d’une capacité de tension de pose de 350 tonnes. Et déjà, Petrobras vient de lancer un nouvel appel d’offres pour des navires d’une capacité de tension de pose de 650 tonnes.  Il va falloir construire ces bateaux pour répondre à la demande et aux nouveaux défis qui s’imposent en eaux très profondes.

Comptez-vous multiplier les partenariats ?

Nous avons recherché les partenariats, et notamment avec des entreprises locales, pour répondre aux grands projets qui nécessitent des investissements importants. Tous ces pays à forte croissance comme le Brésil, l’Angola ou la Malaisie cherchent à renforcer cette politique d’intégration. Ils accordent de plus en plus d’importance à la présence locale bâtie sur des ressources du pays. Pour Technip, cette stratégie de régionalisation est fondamentale. Nos deux navires battant pavillon brésilien ont été construits au Brésil dans un chantier naval brésilien près de Rio.

La découverte d’importants  gisements en offshore très profond a été rendue possible grâce au développement de technologies plus sophistiquées. Quels sont les nouveaux défis à relever ?

Les projets dans des eaux plus profondes nous amènent à faire face à des défis de nature différente. Aujourd’hui, en plus des défis technologiques lis aux nouveaux moyens navals, nous devons relever des défis d’ordre technologiques dans nos développements de flexibles, ombilicaux et services associés. Nous devons également augmenter nos capacités industrielles. A ce propos, nous allons ouvrir en 2013 une nouvelle usine de production de flexibles au Brésil. Elle est située dans le port d’Açu dans l’état  de Rio. Nous renforçons également nos capacités de production d’ombilicaux en Angola, au Royaume-Uni et en Malaisie. La complexité des projets nous amène aussi à nous intéresser à « l’asset integrity management », la gestion de l’intégrité et donc de la sécurité des infrastructures sous-marines. Ces conduites flexibles sont équipées de capteurs et de fibres optiques, permettent la mise en place de système de mesures et de surveillance de nos pipelines. Ce dispositif  nous permet de collecter des renseignements sur la circulation  des fluides, de mesurer la température et d’étudier le vieillissement du pipe.

Aujourd’hui, les acteurs du secteur se livrent une bataille autour de la solidité de leur tubes et pipelines résistants à la pression. Quelle est cette nouvelle génération de flexibles dits « intelligents » ?

Nous avons mis au point différentes technologies selon les besoins de nos clients. En mer du Nord, par exemple, nous avons déployé depuis quelques années la technologie « pipe in pipe », une conduite à double enveloppe constituée d’un  assemblage de deux tubes en acier comprenant une conduite centrale de production entourée, elle-même, par une conduite-enveloppe. L’espace entre les deux conduites est rempli d’un isolant thermique. Le système peut associer l’isolation passive à haute performance du système à double enveloppe standard et le rendement thermique élevé de la technologie de chauffage par traçage électrique. Le chauffage par traçage électrique peut être utilisé pendant ou après les périodes d’arrêt ou de façon continue, pour assurer que la température des fluides reste au-dessus de la température à laquelle les hydrates peuvent se former. Ce genre de technologie permet d’optimiser la circulation du pétrole dans le pipeline et d’économiser, à la fois, le poids et l’espace sur la plate-forme. Mais aussi de réduire la quantité d’énergie nécessaire au bon fonctionnement du système, et par conséquent de rejeter moins de CO2 dans l’atmosphère. La première application a été mise en œuvre en 2011 dans le champ Islay pour  Total en mer du Nord britannique. Les flexibles IPB (Integrated Production Bundle) constituent une autre de nos plus récentes innovations. C’est un flexible particulier qui intègre à la fois un système de chauffage actif et une isolation thermique passive. L’idée  est d’activer la remontée des effluents par injection de gaz à haute température  en pied de riser, là où c’est le plus froid. C’est la méthode du « gas lift ». En parallèle, les câbles électriques et fibres optiques permettent de mesurer et réguler les températures. Il s’agit là des premiers flexibles dits « intelligents ». Petrobras a également retenu les flexibles IPB dans leur version entièrement électrique. Cette solution sera utilisée dans le champ d’huile lourde de Para-Terra situé à une profondeur d’eau de 1 200 mètres dans le Bassin de Campos, au large du Brésil. Les IPB seront fabriqués dans les usines du groupe et le module d’électricité et de surveillance sera conçu et fournit par Technip au Brésil. Nous concevons et fabriquons des pipes « sur-mesure » en fonction des exigences techniques qui varient selon la profondeur d’eau et les caractéristiques de l’huile. Ces « tuyaux du futur » permettront à Technip de rester dans la course pour remporter la bataille des grandes profondeurs à plus de 3 000 mètres sous l’eau !

Constatez-vous une demande accrue de robots sous-marins ?

On utilise des robots depuis de nombreuses années. Ce n’est pas nouveau. Ce qui change, ce sont leurs capacités et méthodes d’intervention, qui se sont améliorées. Nous voulons renforcer nos compétences dans ce domaine. En reprenant la société française Cybernétix qui représente une belle pépite technologique dans la surveillance d’installations in situ et dans la robotique, nous allons pouvoir accomplir des missions d’inspection, de contrôle et de réparation des conduites et équipements en milieu hostile par des systèmes robotisés.

Le marché de la sécurité pétrolière est en forte hausse. Cette prise de conscience amplifiée par Macondo et Fukushima impose de nouvelles relations avec les clients et les prestataires de service sur la qualité. Qu’est-ce que cela signifie pour Technip et pour l’ensemble de la profession ?

La catastrophe de la plate-forme de Macondo a marqué les esprits dans l’industrie. Nous  avons constaté un ralentissement dans le golfe du Mexique. Même si l’activité repart aujourd’hui (nous avons récemment remporté un contrat cadre de 10 ans avec BP pour des plates-formes Spar dans cette zone, ainsi qu’un autre projet pour Anadarko), on assiste depuis à un renforcement des aspects réglementaires. Les contraintes en matière de pollution et de rejets pour les compagnies pétrolières devraient continuer à s’intensifier. Dans ce contexte, nos clients s’orientent de plus en plus vers des prestataires pouvant offrir ce savoir-faire dans la prévention. Tehnip veut clairement se positionner sur le marché de la sécurité. Aujourd’hui, l’important est de pouvoir renforcer les processus de contrôle des opérations en service. Il s’agit de contrôler, dans le même temps, l’état de l’infrastructure sous-marine en temps réel et les fluides passant à travers ces infrastructures. Il nous faut désormais combiner toute l’intelligence des canalisations pour aider les opérateurs à produire mieux et à surveiller les installations sous-marines.

Avec la création de votre nouvelle filiale Genesis regroupant les activités de conseil dans les services d’ingénierie pétrolière en mer, quelle sont vos ambitions ?

Notre filiale Genesis existait déjà. En rassemblant toutes nos compétences en services d’ingénierie amont  au sein d’une  société internationale de conseil renforcée et indépendante, nous voulions  fédérer toutes nos activités et leur donner une nouvelle dynamique.  Plus globalement,  nous nous positionnons comme un fournisseur de services intégrés dans tous les domaines. Notre stratégie est de couvrir toute la chaine de valeur en amont dans le conseil mais aussi en aval dans « l’asset integrity management ».  C’est un axe fort pour le groupe qui entend affirmer son  positionnement sur des technologies innovantes tant au niveau des actifs que dans les infrastructures que nous installons.

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