Allemagne : le démantèlement des réacteurs fait débat

2014-05-14T09:20:50+00:00

C’est une petite bombe dans le dossier nucléaire allemand qui a éclaté dimanche dernier. Les opérateurs énergétiques allemands (E.ON, RWE, EnBW) négocieraient avec le gouvernement pour regrouper les réacteurs nucléaires du pays dans une fondation publique chargée de leur démantèlement affirme Der Spiegel. Les compagnies transfèreraient à cette structure les 30 milliards d’euros provisionnées pour ces opérations, mais également tous les risques qui y sont liés. Les réactions se sont depuis multipliées outre-Rhin.

Retrait des plaintes

(c) E.ON

(c) E.ON

L’information révélée par l’hebdomadaire allemand est du plus mauvais effet alors que le gouvernement et ces mêmes opérateurs sont en conflit ouvert suite à la décision politique prise en mars 2011 de fermer immédiatement une partie du parc, et de programmer l’arrêt des tranches restantes jusqu’en 2022. Les opérateurs avaient alors annoncé des recours pour obtenir des indemnisations suite au manque à gagner lié à cette décision. Eon, RWE et EnBW réclament ainsi quelque 15 milliards d’euros de dédommagement au gouvernement estimant que la décision de la chancelière Angela Merkel était une « intervention abusive de l’État dans le droit à la propriété des entreprises ». Par ailleurs, le groupe public suédois Vattenfall a aussi lancé une procédure contre l’État allemand devant un tribunal arbitral à Washington, dans laquelle il réclame 3 milliards d’euros.Ces groupes ont enregistré mi-avril une première victoire judiciaire contre la taxe sur le combustible nucléaire instaurée en 2011. Un tribunal de Hambourg l’a jugée contraire au droit allemand, ordonnant qu’elle soit abandonnée et que l’État rembourse les 2,2 milliards d’euros déjà perçus.

Chantage

Les opérateurs seraient prêts à abandonner toutes ces plaintes si l’Etat consentait à créer cette fondation publique. Une proposition jugée « scandaleuse » par Caren Lay, vice-présidente du parti de gauche radicale Die Linke, interrogée par le quotidien économique Handelsblatt. Du côté des Verts, Oliver Krischer, vice-responsable du groupe des députés écologiste, qualifie le projet de « tentative misérable de chantage » de la part de groupes qui « ont encaissé pendant des dizaines d’années des milliards d’euros grâce au nucléaire » et qui aujourd’hui « tentent de se soustraire à leurs responsabilités », rapporte l’AFP. Un avis partagé par Der Spiegel qui indique : « il est très invraisemblable que les 30 milliards d’euros de provisions suffisent pour faire face aux conséquences de l’abandon du nucléaire ».

 

 

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