Après les sanctions, Rosneft veut rassurer

2014-08-29T16:19:13+00:00

Le géant pétrolier russe Rosneft a assuré le 25 juillet préparer un plan pour « minimiser » les répercussions des sanctions américaines qui le visent sur ses bénéfices, multipliés par presque cinq au deuxième trimestre. Visé par les sanctions américaines suite au conflit ukrainien, le groupe russe veut rassurer.

Production en hausse

« Avec nos partenaires -les compagnies pétrolières dominantes dans le monde- nous travaillons à un plan destiné à minimiser les conséquences de l’ajout de Rosneft à la liste des sanctions », a indiqué le directeur général du groupe, Igor Setchine, un proche du président Vladimir Poutine, cité dans un communiqué. Au deuxième trimestre, le groupe contrôlé par l’État russe a dépassé les attentes des analystes avec un bénéfice net à 172 milliards de roubles (3,6 milliards d’euros). Le bénéfice a surtout profité d’un effet de changes positif, en plus d’une hausse de ses ventes. Son chiffre d’affaires a augmenté de 22% par rapport au deuxième trimestre 2013 à 1 435 milliards de roubles (30 milliards d’euros). Son excédent brut d’exploitation a quant à lui progressé de 41% à 304 milliards de roubles (6,4 milliards d’euros).

Sa production d’hydrocarbures s’est affichée en hausse de 4,6% sur un an à 5 millions de barils équivalent pétrole par jour. Sa production de pétrole a augmenté de 1,3% et celle de gaz de 33,2%. Ce niveau de production a permis d’assurer à la société « une position financière solide », a souligné Igor Setchine. « Rosneft intensifie ses efforts pour développer des projets prometteurs offshore en Russie », a-t-il souligné.

Le groupe, à l’influence croissante en Russie, s’est considérablement développé ces dernières années par des acquisitions coûteuses financées en grande partie par des crédits contractés auprès de banques occidentales, ainsi que par des partenariats avec les compagnies occidentales. Le britannique BP détient ainsi près de 20% de son capital et il coopère avec l’Américain ExxonMobil pour l’exploration des vastes ressources de l’Arctique. Mais Rosneft, devenu l’an dernier le premier producteur de pétrole coté en Bourse dans le monde par les volumes extraits grâce à l’acquisition de son concurrent TNK-BP, a été ajouté la semaine dernière à la liste des sociétés sanctionnées par les États-Unis en raison de la crise ukrainienne.

Cela réduit drastiquement son accès aux marchés de capitaux américains, alors qu’il ambitionne de doubler sa production sur les 20 prochaines années. L’UE envisage de son côté d’interdire les exportations des « technologies sensibles », notamment dans le secteur de l’énergie. Lors d’une conférence téléphonique, le groupe s’est employé à rassurer, soulignant notamment que les sanctions américaines ne touchaient que l’accès aux marchés de la dette. « Concernant nos projets de coopération avec nos partenaires, il n’y a aucun changement, tout fonctionne et est financé dans les temps », a poursuivi le directeur financier Sviatoslav Slavinski. « Notre service juridique et les services juridiques de nos partenaires et de nos banques travaillent d’arrache-pied et nous ne nous attendons pas à d’importants changements », a-t-il ajouté.

Projets

Le groupe a ainsi souligné l’avancée de ses nouveaux projets, qu’il multiplie afin de compenser le déclin de la production des gisements hérités de l’époque soviétique. Il a ainsi noté qu’il préparait le forage de son premier puits dans la mer de Kara, dans l’Arctique au nord de la Sibérie, et cité la récente inauguration de la plus grande plate-forme au monde résistante à la glace au large de l’île de Sakhaline, où il coopère avec ExxonMobil. Concernant les anciens gisements, le vice-président chargé de la production, Eric Liron, a de son côté indiqué que l’application de nouvelles technologies, comme les forages à l’horizontale, permettait de limiter considérablement la baisse de production.

Tous ces projets requièrent des investissements considérables qui risquent de se retrouver perturbés par les sanctions occidentales. « Les prévisions de la direction impliquent que Rosneft va devoir dépenser au second semestre 495 milliards de roubles (10,5 milliards d’euros, NDLR) , contre seulement 237 milliards de roubles (5 milliards d’euros) au premier », ont souligné les analystes de la Deutsche Bank. « Cela suggère une pression importante sur les flux de trésorerie pendant le reste de l’année », ont-il ajouté. L’agence Moody’s a estimé lundi que les difficultés de financement à prévoir risquaient d’entraver le développement de certains projets, notamment si les Européens décidaient de cibler Rosneft comme l’ont fait les Américains.

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