Berlin repose la question du gel des quotas

2013-05-28T17:28:52+00:00

La chancelière allemande Angela Merkel s’est prononcée en fin de semaine dernière à Hambourg pour un gel des quotas d’émissions de CO2 sur le marché européen ETS. Une déclaration d’intention seulement car la dirigeante conservatrice se prépare pour les prochaines élections législatives prévues à l’automne. Aucune décision ne sera prise avant du côté allemand.

Pas de financement pour la transition

La chancelière a pesé ses mots vendredi dernier, rappelant que sa position était « personnelle ». Le cours actuel du CO2, « autour de 2, 3, 4 euros par tonne » est un « problème pour l’Europe et pour l’Allemagne », car « le financement à long terme de la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas suffisamment assuré », a-t-elle expliqué à l’AFP. En effet, lors de son lancement, les technocrates européens tablaient sur un prix certes variable, mais dont la fourchette basse ne devait pas aller en-deçà de 15 euros la tonne. Las, la crise économique a entraîné une baisse de la production européenne et donc, de fait, de ses émissions de CO2 faisant dégringoler le cours sur le marché carbone.

L’incapacité du marché ETS à donner un signal prix significatif a entraîné deux effets pervers majeurs en Allemagne selon la chancelière. Le premier a favorisé le développement des centrales à charbon, moins coûteuses mais plus polluantes que les cycles combinés par exemple. Un arbitrage économique qui met le gouvernement allemand en difficulté pour respecter ses engagements climatiques, et ce, alors que le pays se désengage par étapes du nucléaire, l’obligeant à compenser les capacités installées non utilisées.

Le deuxième effets pervers réside dans l’organisation même du marché ETS. Berlin souhaitait voir l’argent des quotas réinvesti directement dans un fonds énergie-climat (EKF) créé pour l’occasion en 2010. Or, le fonds affiche un manque à gagner de 1,2 milliard d’euros sur les 3,3 milliards prévus. Un trou qui ne sera pas compensé, laissant présager de nombreux abandons de projets.

Compétitivité Vs Ecologie

Si le gel des 900 millions de quotas aurait permis de faire remonter mécaniquement les cours du carbone, l’opposition en avril dernier du Parlement européen démontre que sauver le marché ETS n’est peut-être plus la priorité de l’Union. Et pour cause, le marasme économique s’installant sur le Vieux continent, les dirigeants européens sont de plus en plus sensibles aux arguments des industriels soucieux de préserver leur compétitivité. Le débat sur la compétitivité s’est généralisé dans les pays européens et au sein même des gouvernements. Ainsi, les positions d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif, entrent régulièrement en contradiction avec celles de Delphine Batho, ministre de l’Environnement. Une confrontation que l’on retrouve de l’autre côté du Rhin : « Il y a beaucoup de controverse (…) et j’admets bien volontiers que même nous, au sein du gouvernement, nous ne sommes pas tous d’accord. Le ministre de l’Économie a un point de vue différent du ministre de l’Environnement », a confirmé Angela Merkel.

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