Une nouvelle feuille de route « verte »

2012-12-18T14:27:29+00:00

La transition énergétique vers une économie moins dépendante du pétrole et du nucléaire, telle est la ligne directrice qui a été fixée par François Hollande lors de la conférence environnementale sur  la transition énergétique et la santé environnementale.

Cinq ans après le Grenelle de l’environnement, la conférence environnementale, rendez-vous annuel instauré par François Hollande, a permis d’esquisser la nouvelle « feuille de route » écologique française. Pour cette première édition qui réunissait 14 ministres et 300 représentants d’ONG, d’élus, de syndicats et d’industriels à la mi-septembre, le président de la République a voulu frapper fort sur les questions énergétiques les plus sensibles. Il a appelé notamment à un nouveau modèle de croissance en annonçant la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim fin 2016 et le rejet de sept demandes de permis d’exploration de gaz de schiste en France. La transition énergétique, « dans laquelle la France s’engagera résolument », est « autant une exigence pour l’environnement que pour l’emploi », a-t-il souligné, sans toutefois répondre aux interrogations sur les moyens financiers à mettre en œuvre pour y parvenir. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault,  s’est lui aussi, contenté de présenter les grandes lignes de la nouvelle  « feuille de route  écologique », en confirmant l’ouverture du débat sur la transition énergétique « dans les prochaines semaines ». Ce débat, visant à définir une stratégie pour réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2025 -une part ramenée de 75% à 50% d’ici 2025-, doit déboucher à la mi-2013 sur une loi. Il a également   insisté sur le développement des énergies renouvelables, à travers le lancement d’ici la fin décembre d’un nouvel appel d’offres pour la construction et l’exploitation de deux parcs d’éoliennes en mer, situés au large du Tréport (Seine-Maritime) et de Noirmoutier (Vendée). En matière de transports, le Premier ministre a fixé aux chercheurs et aux industriels l’objectif de disposer dans 10 ans de véhicules consommant 2 litres d’essence aux 100 kilomètres, « soit un niveau quatre fois plus faible que la moyenne du parc automobile actuel ». « C’est ainsi que nous diminuerons notre consommation d’hydrocarbures et que nous en réduirons l’impact sur la santé publique », a-t-il estimé, alors que la France est sous la menace de sanctions européennes en raison de dépassements chroniques des normes de qualité de l’air.

Des réactions mitigées

Les ONG ayant participé à la conférence environnementale en ont tiré des conclusions plutôt mitigées. « Nous sommes partagés : il y a beaucoup de bonnes choses du côté social et en faveur des énergies renouvelables, mais au-delà nous ne sommes pas convaincus. Pour nous, on parlera de transition lorsqu’on sortira du nucléaire, lorsqu’une transition comparable à celle amorcée chez nos voisins sera lancée », a estimé Jean-François Julliard,  le directeur de Greenpeace France, en allusion à l’abandon du nucléaire par les Suisses et les Allemands. De son côté, Bruno Genty, président de la fédération France nature environnement (FNE), a reconnu qu’« un cap » avait « été tracé par le chef de l’Etat », mais qu’il en attendait « plus sur les moyens de la part du Premier ministre ». La présidente du Medef, Laurence Parisot,  a, quand à elle,  déploré que la « réalité économique » et le point de vue des entreprises n’aient pas suffisamment été pris en compte. Dans ce débat, « la gouvernance ne nous convient pas, il faut (donner) une beaucoup plus grande place aux entreprises, que ce soit dans le comité de pilotage, dans la grande commission, au niveau national comme local », a-t-elle précisé en regrettant aussi que Jean-Marc Ayrault « n’ait pas évoqué les problèmes de financement considérables » liée à cette nouvelle politique. En particulier sur la question nucléaire : « La centrale nucléaire de Fessenheim fermera d’ici 2017, et la part du nucléaire dans l’approvisionnement électrique sera ramenée à 50% à l’horizon 2025. Mais le flou règne encore sur les nombreuses implications d’un tel bouleversement ». De fait, au-delà du coût de démantèlement, les enjeux financiers de l’arrêt de cette unité dès 2016 sont considérables. L ‘Etat devra-t-il indemniser EDF pour le manque à gagner de dix ans d’exploitation perdus ? Cette question revenait sur toutes les lèvres au lendemain de cette première conférence environnementale. « Je désignerai dans les semaines qui viennent une personnalité chargée d’engager la concertation sur la reconversion du site. Il faudra prendre en compte la totalité des conséquences de cette fermeture : l’emploi, la création de nouvelles activités et la réponse aux besoins en électricité »,  a répondu Jean-Marc Ayrault. Sans attendre, la rumeur est allée bon train. Selon le Journal du Dimanche, EDF réclamerait à l’Etat 2 milliards d’euros pour la fermeture de la centrale alsacienne, afin de compenser les investissements déjà réalisés pour allonger sa durée de vie de 10 ans et le manque à gagner pour cette période. Un chiffre que s’est empressé de démentir l’électricien. Il n’empêche, des indemnités viendront s’ajouter à la facture du démantèlement proprement dit. Dans un rapport remis au gouvernement en janvier, la Cour des comptes s’était interrogée sur le coût du démantèlement du parc nucléaire français. Pour le démantèlement seul, hors gestion des déchets, des 58 réacteurs existants, le total s’élèverait à 18,4 milliards d’euros. Elle avait estimé que les méthodes utilisées par EDF pour ce calcul étaient « pertinentes », mais avait souligné ne pas être en mesure de valider ce chiffrage, en l’absence d’expertises approfondies. Les écologistes de leur côté jugent ces chiffres sous-estimés et insuffisamment provisionnés par EDF.

Un second souffle accordé aux énergies renouvelables

L’autre point phare de cette nouvelle feuille de route porte sur les énergies renouvelables. Le lancement, d’ici la fin décembre, d’un nouvel appel d’offres pour la construction et l’exploitation de deux parcs d’éoliennes en mer, situés au large du Tréport (Seine-Maritime) et de Noirmoutier (Vendée). « C’est un investissement très important, mais c’est un grand atout pour l’industrie française », a déclaré le Premier ministre. Ce deuxième appel d’offres sera toutefois relativement modeste, avec une puissance totale de 1.350 mégawatts d’après Matignon, contre 2.000 mégawatts pour les 4 parcs déjà attribués. Quand à la date d’un troisième appel d’offres, qui permettrait de remplir l’objectif du Grenelle d’un total de 6.000 mégawatts installés en 2020, elle n’a pas encore été fixée. Il fait suite à l’attribution au printemps dernier par le précédent gouvernement de quatre premiers parcs d’éoliennes maritimes. Ces appels d’offres visent à faire émerger une nouvelle filière industrielle hexagonale, qui, outre le marché français, pourrait fournir des parcs en projet dans des pays voisins, comme le Royaume-Uni.

Pour l’éolien terrestre, Jean-Marc Ayrault a affiché son soutien au mécanisme d’obligation de rachat par EDF de l’électricité produite. Un dispositif pourtant critiqué dans un récent rapport administratif, et qui est sous la menace d’un recours judiciaire à Bruxelles. Ce rapport administratif, commandé en juillet par Delphine Batho et Arnaud Montebourg, ministres de l’Ecologie et du Redressement productif, préconise en effet la « disparition progressive » des tarifs d’achat de l’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque « au profit d’appels d’offres réguliers » qui permettraient d’orienter les aides, suscitant des inquiétudes chez les industriels du secteur. Pour le Syndicat des énergies renouvelables (SER), ce rapport est « en décalage avec le volontarisme qui a été affiché par le président de la République sur le développement des énergies renouvelables». Concernant la filière solaire, qui fait face notamment à une concurrence exacerbée des fabricants chinois, soupçonnés de dumping par les Occidentaux, le Premier ministre a également affirmé son soutien à travers le  lancement d’un appel d’offres sur le solaire avant la fin de l’année. Ce projet  doit permettre de « favoriser de grandes installations visant à promouvoir des technologies innovantes et le développement économique local », a-t-il précisé. Il a également appelé à privilégier les installations solaires sur toit plutôt qu’au sol, pour éviter d’aggraver l’artificialisation des sols.

Partager