Crise ukrainienne : l’Histoire se répète

2014-03-06T16:49:58+00:00

Alors que les troupes russes continuent d’occuper la Crimée, province ukrainienne à majorité russophone, le ton monte entre les Occidentaux et le Kremlin. Le président des Etats-Unis, Barack Obama, a affirmé que la Russie était « du mauvais côté de l’histoire » et a menacé de sanctions économiques. De son côté, le Kremlin assure vouloir défendre les populations de Crimée contre les partisans du mouvement de la place Maïdan. Une fois de plus, l’Ukraine est déchirée entre la tentation européenne et sa relation de dépendance, notamment énergétique, avec le grand frère russe. Une situation qui a empiré depuis 2006.

Prix d’amis

ianoukovitch-poutine-accord_0Le point de départ de ce nouveau conflit entre l’Ukraine et la Russie date de la fin de l’année dernière. Les 28 et 29 novembre 2013, lors du sommet du Partenariat oriental à Vilnius, l’Ukraine devait signer un accord d’association avec l’Union européenne. Un partenariat tué dans l’oeuf par Victor Ianoukovytch, pro-russe. Face au mécontentement d’une partie de la population pro-européenne, le président répond en décembre par un accord avec la Russie, comprenant notamment une baisse du prix du gaz (de 400$ à 268,5 $/1000 m3) et des aménagements dans le paiement des factures impayées. Avec des importations de quelque 13 milliards de m3 de gaz en 2013, ce n’est pas moins de 1,7 milliard de dollars d’économisés pour Naftogaz, la compagnie gazière nationale ukrainienne. Cet accord est essentiel pour le pays qui traîne une dette gazière envers la Russie depuis des années. « Ce qui nous est dû est énorme. Pas seulement l’année dernière mais également les livraisons en cours », a affirmé Sergeï Kupriyanov, porte-parole de Gazprom, à l’agence RIA Novosti. De fait, le groupe russe aurait accordé une ligne de crédit de 3 milliards de dollars à son voisin ukrainien.

Rapport de force

La répression violente des manifestations à Kiev, la destitution du président Ianoukovytch et sa fuite en Russie ont rendu caduque l’accord qui devait faire retourner durablement l’Ukraine dans le giron russe. De fait, le pays se retrouve une fois de plus esseulé entre les velléités pro-européennes d’une partie de sa population et sa dépendance à la Russie. Une situation qui rappelle la crise de 2006. Sauf que depuis, la position du Kremlin s’est renforcée. En premier lieu parce que l’Ukraine n’est plus le point de passage obligé pour l’envoi de gaz vers l’Europe. On s’en souvient, Moscou avait en 2006 réduit ses exportations en déduisant les consommations ukrainiennes, mais le pays s’était servi, pénalisant le consommateur en bout de gazoduc. Avec la mise en service du Nord Stream, la Russie peut désormais contourner son voisin et sécuriser l’approvisionnement de son principal client européen : l’Allemagne. De fait, 60 % des exportations russes de gaz à destination de l’UE passent par l’Ukraine, contre 90 % avant la construction de la conduite (voir infographie). Un taux encore important mais amené à décliner avec la construction d’autres infrastructures (ex : South Stream).

Le rapport de force penche donc encore un peu plus en faveur de Moscou. D’autant que les Occidentaux, qui menacent de sanctions économiques, ont toujours besoin de la collaboration de Vladimir Poutine s’ils ne veulent pas un nouvel embrasement en Syrie dont la situation ne s’est guère arrangée, comme pourrait le laisser croire l’absence de couverture médiatique. Les ministres des Affaires Etrangères de l’UE doivent se réunir exceptionnellement à Bruxelles pour tenter de trouver une position commune. Un minimum pourtant loin d’être acquis…

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