Fin de la récré pour Goldman Sachs & Consorts ?

2013-07-30T08:39:14+00:00

Pas de vacances cet été pour le Comité bancaire du Sénat américain. Cette commission composée de sénateurs Républicains et Démocrates s’est distinguée par sa pugnacité à l’encontre des responsables de la crise financière de 2008, et notamment du jeune trader français Fabrice Tourre (« The Fabulous Fab pour les intimes »). Il est l’inventeur du produit financier frauduleux « Abacus, » pour le compte de Goldman Sachs, qui a participé à l’éclatement de la bulle immobilière outre-Atlantique, et est actuellement en procès à New York. Elle se penche désormais sur les marchés des matières premières : pétrole, gaz, électricité et aluminium en tête. Les auditions qui se sont tenues le 23 juillet dernier avaient pour ambition d’évaluer le risque de laisser les banques ayant des activités spéculatives sur les marchés des commodities détenir des actifs physiques (terminaux de stockage, pipelines, raffineries, centrales électriques, etc) sur ces mêmes marchés : les fameux Wall Street Refiners.

Enron’s spirit

L'Enron Building

L’Enron Building symbole  d’une puissance pas si révolue

Tour à tour, des experts des institutions financières, des marchés des matières premières, des professeurs de Droit se sont succédés au Capitole pour éclairer les sénateurs sur les pratiques des banques. Premier enseignement, elles ne sont pas très éloignées de celles d’Enron au début des années 2000, qui avaient conduit la plus grosse capitalisation américaine de l’époque à la faillite, et l’Etat californien à des black-out géants. « Des banques comme JPMorgan Chase & Co semblent avoir adopté ce modèle de trading ajoutant de plus en plus de risques au système financier », estime Elizabeth Warren, sénatrice démocrate du Massachusetts. Un constat qui s’appuie sur les récentes condamnations de banques par la Federal Energy Regulatory Commission (FERC). En effet, une semaine plus tôt, le régulateur américain de l’Energie confirmait la décision d’infliger une amende de 435 millions de dollars à la banque britannique Barclays et à quatre de ses courtiers pour avoir manipulé les prix de l’électricité en Californie (encore !) et dans d’autres marchés de l’ouest des États-Unis de novembre 2006 à décembre 2008. Des décisions similaires avaient été prises plusieurs mois plus tôt pour les mêmes raisons, laissant présager que ces pratiques ne sont pas des cas isolés.

Et pour cause, selon les estimations, le marché des commodities aurait rapporté pas moins de 4 milliards de dollars l’année passée à Goldman Sachs, Morgan Stanley et JPMorgan Chase. Un chiffre rondelet, bien qu’inférieur de moitié aux 8 milliards $/an que s’étaient partagés les trois banques entre 2007 et 2009 au plus fort de la crise. Des juteux profits dénoncés par les grands consommateurs de matières premières qui se disent victimes d’un appauvrissement virtuel de l’offre. C’est le cas notamment de MillerCoors : « Les banques ont créé des goulets d’étranglement qui limitent l’approvisionnement en aluminium » et font donc monter les prix, a assuré aux membres de la commission Tim Weiner, global risk manager pour la compagnie. Il estime ainsi que la facture d’aluminium de son groupe aurait bondi de pas moins de 3 milliards de dollars en un an !

La Fed se tâte

Federal ReserveCette commission d’enquête parlementaire n’inquièterait pas autant les grands magnats de la finance si parallèlement la Federal Reserve (FED), la banque centrale de l’Oncle Sam, n’avait pas ouvertement remis en cause la possibilité des banques détenant des actifs énergétiques à spéculer sur ces mêmes marchés. La réglementation en la matière est en effet assez nébuleuse. Le Glass-Steagall Act, qui a séparé au lendemain de la crise de 1929 les métiers de banque de dépôts et d’investissements, a été peu à peu rogné de tous côtés avec la déréglementation de l’économie américaine. Mais l’appel aux fonds publics de Goldman Sachs & Consorts en 2008 les a obligé à faire quelques concessions. Dans le cadre d’un accord trouvé en 2008 avec la FED qui expire en septembre prochain, les banques d’investissement ont cherché à convaincre la banque centrale du bien fondée de leurs requêtes s’appuyant notamment sur un amendement de 1999 qui prévoit que les banques puissent garder des actifs dans des activités qu’elles exerçaient avant 1997, ce qui est le cas en l’espèce.

Chacun sa stratégie

Les trois grandes banques sont impliquées à des degrés différents sur le marché des commodities, et ont chacune leur stratégie. Morgan Stanley est celle qui a misé le plus gros sur les marchés des matières premières et ne semble vouloir à aucun prix s’en dégager. Elle s’est ainsi liée encore un peu plus à sa filiale TransMontaign, qui détient de nombreux actifs de transport et de stockage de pétrole, en lui réservant indéfiniment la majorité de ses capacités. Elle participe par ailleurs à la construction d’un terminal pétrolier près de Houston d’une valeur de 485 millions de dollars dans lequel elle détient 42,5% des parts.

Goldman Sachs semble vouloir, une fois n’est pas coutume, répartir les risques. Le groupe  a revendu sa compagnie électrique Cogentrix au fond d’investissement Carlyle Group et songeait à en faire de même pour sa filiale Metro International Metals. L’heure est donc plutôt à la prudence pour Lloyd Blankfein, directeur de la banque, qui a rappelons-le débuté au service commodities de la compagnie.

Le cas de JPMorgan est un peu différent des deux autres puisqu’elle a toujours été considérée comme une banque commerciale, et donc sujette aux réglementations. En 2008, elle a acquis, au travers de Bear Stearns, des centrales électriques, puis en 2010 Sempra Commodities et le Henry Bath (le plus grand site de stockage de métaux au monde). La FED avait donné 3 ans à la banque pour régulariser sa situation, soit jusqu’au 1er juillet dernier…

Ces trois stratégies montrent bien l’incertitude qui règne dans cette affaire et sur la position qu’adoptera la FED. Pour Brad Hintz, analyste financier à New York et ancien de Morgan Stanley : « La Réserve Fédérale a dit en substance aux banques qu’elles avaient toujours le droit à un certain nombres de péchés, mais juste pas autant qu’avant ».

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