Fukushima : un problème d’eau

2013-09-02T10:50:04+00:00

La gestion post-accidentelle de la centrale de Fukushima ressemble à s’y méprendre à une situation de crise tant les critiques fusent sur la gestion de l’eau radioactive issue du refroidissement permanent des réacteurs de la centrale. Naomi Hirose, le pdg de Tokyo Electric Power (Tepco) a beau promettre de « revoir de fond en comble la façon dont cette eau est gérée » et d’annoncer la constitution d’une cellule spéciale, la défiance à l’encontre de l’opérateur grandit, même au sein de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Moins de com’, plus d’action

La centrale de Fukushima Daïchi avant l'accident de mars 2011

La centrale de Fukushima Daïchi avant l’accident de mars 2011

Consultée sur l’opportunité de classer au niveau 3 de l’échelle Ines la fuite d’eau hautement radioactive déclarée la semaine dernière, l’agence internationale a clairement lâchée la NRA, la nouvelle autorité japonaise de sûreté nucléaire, estimant que « plutôt que d’utiliser l’Ines comme un outil de communication pour noter chaque événement, il serait possible d’élaborer un plan de communication pour expliquer la signification de chaque problème en termes de sûreté ». Et de poursuivre : « cela permettrait d’éviter d’envoyer des messages contradictoires aux médias et au public sur une longue série d’événements notés sur l’échelle Ines ».
De communication, il en est également question pour le gouvernement qui, à intervalles réguliers, dénonce les manquements de l’opérateur. Dernier exemple en date, Toshimitsu Motegi, ministre de l’Industrie : «le gouvernement ne peut pas laisser Tepco s’occuper de tout. Il doit prendre les devants et s’impliquer davantage, c’est ce que nous allons faire», a-t-il annoncé lors d’un déplacement sur le site accidenté sous-entendant que l’Etat est tenu à l’écart de la situation, alors qu’il n’en est rien et que Tepco a, rappelons-le, été nationalisé au lendemain de la catastrophe.

Pas de plan à long terme

Au-delà de ce jeu de rôles, le fond du problème est de savoir quoi faire des tonnes d’eau déversées chaque jour dans les bâtiments réacteurs. Une partie est pompée et stockée dans des réservoirs qui n’ont pas été conçus à cet effet et souffrent d’abriter un tel liquide. Pour prévenir de nouvelles fuites, une équipe d’au moins 50 personnes se chargera de vérifier l’intégrité des silos deux fois par jour. Selon les dernières données fournies par Tepco, quelque 364 336 m3 d’eau seraient stockés, soit l’équivalent tout de même de 97 piscines olympiques ! L’eau qui n’est pas pompée, quelques centaines de mètres cube par jour selon les estimations, s’infiltre dans les galeries en dessous de la centrale puis dans le sol et, au moins pour une partie, termine dans l’océan. Tepco annonce vouloir porter la capacité des réservoirs à 700 000 m3 d’ici mi-2015 mais cela ne règlera pas le problème de son traitement qui est la seule issue possible, la capacité de stockage du site étant physiquement limitée. Et là encore l’opération n’aura rien de simple comme l’explique l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) : « Nonobstant les difficultés d’entreposage des eaux accumulées, leur traitement génère des déchets, telles les boues contenant les radionucléides extraits, dont la gestion constitue un enjeu d’importance, à la fois en termes d’entreposage pérenne sûr et de conditionnement ultérieur ». Mais sur ce point, Tepco n’a pas encore de plan de communication…

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