Gael Cailleaux, vice-président Global Projects Centre Paris de Subsea 7

2016-08-17T14:41:48+00:00

« Le secteur pétrolier et parapétrolier a peut-être négligé certains aspects de productivité »

Evolution des modèles d’exécution, processus d’amélioration continue, démarche de simplification, innovation ciblée… Pour Gael Cailleaux, vice-président Global Projects Centre Paris de Subsea 7, les pistes de travail sont nombreuses pour répondre à la nécessité d’améliorer de façon pérenne l’économie des projets d’E&P.

(Note : cet entretien a fait l’objet d’une parution dans le numéro 1841 de la revue Pétrole et Gaz Informations, de mars-avril 2016).


Pétrole et Gaz Informations : Subsea 7 avait annoncé en mai dernier un plan de restructuration au niveau mondial qui comprenait notamment des réductions d’effectifs. Ce plan a-t-il été mené à bien ?

Gael Cailleaux : L’ensemble des éléments de restructuration qui concernaient non seulement des réductions d’effectifs mais également des réaménagements au niveau de la flotte et de nos différents assets a été conduit conformément à ce qui avait été annoncé. Tout a été mené de façon satisfaisante, en ligne avec nos valeurs et, bien évidemment, dans le respect des législations locales. En France, nous avons eu une très large majorité de départs volontaires avec seulement une dizaine de départs contraints. Ce qui démontre que les mesures que nous avons prises étaient bien appropriées à la situation.


PGI : Quel était pour votre groupe l’objectif global de cette restructuration ?

GC : Cette restructuration nécessaire a été menée alors qu’un plan stratégique plus vaste avec une vision à l’horizon 2020 était déjà en place. Cette réflexion considérait l’évolution du marché en termes de volumes mais également en termes d’offres et de technologies. C’est pourquoi nous avons souhaité mettre en avant des pôles d’expertise pour mieux répondre aux nouvelles attentes du marché (Grands Projets EPCI, SURF projects T&I, Life of field). Bien évidemment nous avons maintenu beaucoup de nos investissements stratégiques, avec l’objectif de conserver une différence concurrentielle. Nous avons également voulu intervenir plus en amont vis à vis de certains projets en mettant en place deux alliances. La première avec OneSubsea pour la partie SPS (Subsea Production System), la seconde avec KBR-Granherne pour la partie pre-FEED/FEED (early engineering).


PGI : Ces derniers mois, la baisse du marché s’est accentuée et les donneurs d’ordre ont annoncé de nouvelles réductions de leurs investissements. Le groupe Subsea 7 est-il en ordre de marche par rapport à ce nouveau contexte ?

GC : Nous sommes en ordre de marche par rapport à la vision que nous avions du marché à la mi-2015 mais, compte tenu de la nouvelle chute du prix du baril de pétrole à la fin de l’année dernière puis au début de cette année, nous sommes aujourd’hui en phase de réévaluation de notre plan. Nous avons donc entamé une phase de réflexion pour prendre la mesure de cette nouvelle évolution du marché et nous doter de la meilleure organisation possible. Le plus important étant bien évidemment de maintenir nos capacités et nos compétences pour répondre à nos engagements actuels mais aussi à nos engagements futurs au moment où le marché repartira.


PGI : Quels sont les objectifs de réduction de coûts demandés aujourd’hui par le marché ?

GC : Nous menons des discussions constructives avec nos clients au cours desquelles nous avons pu revoir certaines dispositions techniques, des allocations d’interface ou de périmètre de travail, et certaines spécifications. Nous travaillons également ensemble sur des modes d’exécution plus ou moins intégrés pour optimiser les ressources de chacune des parties. L’ensemble des sujets ont été abordés et nous nous sommes rendu compte que l’on pouvait parfois arriver à des optimisations de l’ordre de 20 à 30 % pour des projets relativement conséquents. Mais il est clair que nous n’avons pas 30 % de marge sur les projets que nous exécutons. Nous sommes désormais dans un monde où il faut de manière pérenne, et plus qu’incrémentale, améliorer l’économie des projets. C’est une démarche qui prend du temps et nécessite l’implication de l’ensemble des acteurs. Le modèle d’exécution que nous avions correspondait aux anciennes conditions du marché. Aujourd’hui, il est indispensable de faire évoluer ce modèle.


PGI : Cette démarche de réduction des coûts s’inscrit donc dans la durée…

GC : Après avoir beaucoup travaillé sur des notions de fiabilité, de qualité, voire de sur-qualité, et dans un contexte de croissance effrénée, le secteur pétrolier et parapétrolier a peut-être négligé certains aspects de productivité. La réalité nous rappelle aujourd’hui que notre industrie a des progrès à faire dans ce domaine par rapport à d’autres secteurs. D’une certaine manière, je pense qu’il s’agit là d’un signe de maturité.
Par exemple, dans le domaine de la standardisation des équipements nous faisons face à un véritable challenge. Notre industrie va emprunter aux grands secteurs industriels comme l’automobile ou l’aéronautique des processus d’amélioration continue, des démarches de lean engineering et aussi la volonté de développer des produits qui, sans transiger sur la qualité, nécessiteront moins de temps machine ou de temps humain pour être fabriqués. Y compris pour la construction d’infrastructures en mer.


PGI : Les acteurs du marché mettent en avant la standardisation pour faire baisser les coûts…

GC : Bien évidemment, l’objectif n’est pas d’arriver à un nivellement par le bas. Cependant nous travaillons pour un certain nombre de clients à qui nous livrons des ouvrages qui assurent des fonctions identiques. Ces clients ont le plus souvent leurs propres spécifications auxquelles s’ajoute un système normatif. La nécessité de développer des solutions très spécifiques génère des surcoûts et une certaine sur-qualité. Si les spécifications émises par nos clients peuvent avoir leur raison d’être, on peut néanmoins réfléchir aux moyens de les harmoniser et de les simplifier. D’ailleurs, beaucoup de nos clients commencent à utiliser les terminologies de good enough ou de fit for purpose. Par exemple, la simplification de la documentation nécessaire à un projet permettrait de gagner un nombre d’heures considérables.
Un autre exemple est celui des travaux de soudure. On requalifie systématiquement, pour chaque client, toutes les procédures pour l’ensemble des produits que nous livrons. Dans quelle mesure ne serait-il pas possible de réutiliser les qualifications déjà effectuées quand les aciers ou les gammes de produits le permettent ? Par ailleurs, certaines spécifications, comme celles liées au calcul à la fatigue, peuvent conduire à des surdimensionnements d’ouvrage. Enfin il y a également à développer la standardisation pour tout ce qui concerne les produits que l’on achète pour les grands EPCI (engineering, procurement, construction and installation), comme les manifolds, les ombilicaux ou encore les vannes.


PGI : Comment cette démarche de standardisation peut-elle se mettre en place ?

GC : Je pense que la force de proposition est du côté des fabricants d’équipements et de solutions qui doivent aller chercher l’assentiment des différents donneurs d’ordre. Pour notre part, nous avons pris des initiatives dans ce sens avec quelques fabricants sélectionnés. Cette démarche passe par des échanges pour trouver, avec nos fournisseurs, des solutions moins spécifiques et donc plus économiques. Il s’agit par exemple d’éviter d’écarter telle ou telle référence produit en raison d’une trop grande rigidité sur certains critères techniques. On peut également travailler, avec les fournisseurs, sur la standardisation de nos demandes afin qu’ils puissent répondre au mieux à nos exigences avec leur outil de production.


PGI : Quel est l’apport technologique de vos rapprochements avec OneSubsea et KBR-Granherne ?

GC : L’objectif est de combiner les compétences à la fois du SPS (subsea production system) et du SURF (subsea, umbilicals, risers & flowlines) pour optimiser le développement des champs que ce soit dans l’architecture de ces champs ou dans l’exécution des projets qui conduisent à leur installation. Sur la partie SPS, notre objectif est de proposer une offre qui était absente jusqu’à présent du marché. Nous avons pu vérifier que sur certains développements, il était parfois possible de faire des économies significatives par rapport au schéma initial de développement en intégrant de la technologie et en revoyant la combinaison entre les SPS et le SURF. Nous avons des exemples très concrets de ce type. Bien évidemment, nous avons formé nos collaborateurs à ces nouvelles offres afin qu’ils apprennent à travailler ensemble. Nous espérons pouvoir matérialiser ces solutions innovantes sur différents appels d’offres en cours.


PGI : Quel est le rôle de l’innovation dans le contexte actuel de la baisse des prix ?

GC : Bien évidemment, l’innovation doit prendre en compte les nouvelles exigences économiques de notre industrie. Aujourd’hui, si les projets ultra deepwater sont majoritairement retardés, il y a encore beaucoup à faire dans les domaines plus classiques de l’offshore et du subsea. C’est pourquoi l’innovation ciblée est indispensable. Par exemple, au lieu de réaliser un développement subsea complet, on peut se demander s’il n’est pas possible de faire un tie-back sur un FPSO existant. C’est tout l’intérêt de rapprocher le SURF du SPS afin de réduire le nombre de composants ou de les regrouper en tenant compte de l’ensemble des paramètres de l’exploitation du champ. Quoi qu’il en soit, dans une économie avec un baril à 30 dollars, les entreprises qui ne disposent pas de liquidités ne pourront pas faire les investissements nécessaires dans l’innovation.


PGI : Les donneurs d’ordre ont-ils modifié leur approche de l’innovation ?

GC : Les donneurs d’ordre pensent qu’il est important de garder des fournisseurs compétents sinon ils devront faire face, dans les années à venir, à d’importants problèmes de ressources et d’expertise en ingénierie. C’est pourquoi Subsea 7 renforce sa très forte orientation vers les technologies, notamment dans le cadre d’échanges avec nos partenaires OneSubsea et KBR-Granherne. Nous développons ainsi des projets communs d’innovation. Nous travaillons entre autres sur les systèmes de pipe chauffé ainsi que sur l’optimisation de nos solutions de bundles. Il y a aujourd’hui une tendance à faire plus de subsea processing, par exemple avec des pompes pour la compression et pour l’injection d’eau, et des compresseurs pour l’injection de gaz. Nous suivons bien évidemment ces sujets de très près.
C’est dans ce cadre que nous essayons d’étendre le spectre de nos bundle en évaluant la possibilité d’y intégrer également une partie de processing. Nous explorons également le domaine des matériaux composites qui présentent notamment des intérêts en termes de résistance à la fatigue et de stabilité. Nous avons plusieurs projets de développement sur ces matériaux qui ne sont pratiquement pas utilisés aujourd’hui dans les équipements et les technologies de l’offshore-subsea.

Propos recueillis par Eric Saudemont

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