GE gagne, Montebourg sauve la face

2014-06-25T14:31:17+00:00

Arnaud Montebourg a finalement annoncé le 20 juin que l’Etat français donnait son aval au rapprochement entre Alstom et General Electric (GE) après trois mois d’intenses tractations en coulisses. Convaincu de l’intérêt stratégique de l’opération, Jeffrey Immelt, pdg de GE, a accepté de revoir les termes de son offre en proposant trois joint-ventures (dans les turbines à vapeur, les smart grids et les énergies renouvelables). Une concession encouragée par l’apparition d’une offre concurrente de Siemens/MHI quelques jours plus tôt qui a mis la pression sur l’Américain.

Etat actionnaire

(c) MRP

(c) MRP

Pour avaliser l’opération, ne reste plus qu’à consulter les partenaires sociaux, obtenir l’autorisation formelle du gouvernement au titre des investissements étrangers en France et des autorités de concurrence. Elle sera ensuite soumise aux actionnaires d’Alstom d’ici la fin du premier trimestre 2015. Entre-temps, l’Etat montera à hauteur de 20% dans le capital de la compagnie en rachetant les titres de Bouygues (qu’il avait lui même acquis à l’Etat en 2006 pour 2 mds €) : soit au prix de 35€ par titre, soit directement auprès du marché si cela est plus intéressant. Mais le groupe de BTP s’est d’ores et déjà engagé à « prêter » ses parts à l’Etat pour que ce dernier puisse être présent au conseil d’administration. « C’est une nationalisation partielle, avec l’Etat qui devient le principal actionnaire. Grâce à cet accord, Alstom est maintenu, désendetté et allié », s’est félicité le ministre du Redressement productif.

En gelant l’accord négocié entre Patrick Kron et Jeffrey Immelt, le gouvernement s’est donné le temps de générer des offres concurrentes pour faire monter les enchères sur ce fleuron de l’industrie française. Les syndicats de salariés voient d’un bon œil l’entrée de l’Etat au capital même si l’on est loin du pôle public de l’énergie qu’ils souhaiteraient voir se constituer. Patrick Kron, fortement critiqué pour ne pas avoir informé le gouvernement, a confirmé son départ après la finalisation effective de l’accord.

Le rapprochement entre la puissance industrielle de General Electric et la technologie de pointe d’Alstom devrait conduire à la création d’un champion du secteur de l’énergie. « Nos activités sont parfaitement complémentaires et il n’y a pas de doublons significatifs. C’est la meilleure option pour l’avenir des sites et de ses salariés », assurait Patrick Kron lors de son audition parlementaire en mai. Par ailleurs cette cession s’inscrirait dans une dynamique globale du secteur de l’énergie qui pousse à la concentration. Et de fait, Alstom n’aurait pas eu la taille critique pour survivre : « Il faut avoir les ordres de grandeur en tête. Sur les onze derniers mois, nous avons vendus 11 turbines à gaz contre 150 pour GE ! », justifiait-t-il. Un argument qui ne s’appliquerait en revanche pas à la branche Transport : « La taille critique ne fait pas tout. En Arabie Saoudite, nous avons perdu le marché des TGV contre un consortium dix fois plus petit », se remémorait le chef d’entreprise. Comprenne qui voudra…

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