Joseph Leroy, directeur technique chez Subsea 7 pour la région Afrique

2013-07-02T09:46:38+00:00

Quelles sont les nouveaux besoins des compagnies pétrolières ?

Joseph Leroy : Les compagnies pétrolières, qui sont nos clients, ont besoin de pousser les frontières dans l’exploration-production. D’un côté, elles veulent explorer de nouvelles régions géographiques comme en Afrique de l’Est mais aussi exploiter des gisements en eaux plus profondes dans des zones plus lointaines, et cela dans des environnements plus hostiles comme en Arctique. De l’autre, elles veulent optimiser leurs réserves actuelles en modernisant leurs infrastructures de production et en cherchant à connecter leurs plus petits champs pétroliers et gaziers à leur réseau existant. Notre bureau, basé à Paris (1100 personnes) s’est spécialisé sur la zone de l’Afrique et répond à ces nouvelles attentes. Les pays producteurs ont aussi de plus grandes exigences en matière de partage de la rente pétrolière. A travers leurs compagnies nationales ou leur réglementation, ils demandent de plus en plus aux sociétés internationales de fabriquer les équipements sur place, d’employer et de former du personnel localement grâce à nos programmes internes. Forts de notre longue expérience dans des pays comme le Nigéria ou l’Angola,  nous accompagnons les compagnies pétrolières dans une logique d’efficacité et de rentabilité de leurs projets, l’objectif étant de leur assurer un coût de production économiquement viable dans ces nouvelles zones.

Le secteur de l’offshore est encore jeune, qu’est ce qui va changer dans le métier ?

JL : Nous travaillons sur des projets de plus en plus sophistiqués et de plus en plus importants. Un projet aujourd’hui peut atteindre ou dépasser le milliard de dollars. Ils sont aussi plus internationaux. Il faut savoir que nous assemblons des équipements dont les pièces  proviennent du monde entier. Des projets de cette taille que nous livrons clé-en-main, nous obligent à innover en permanence et à relever des défis toujours plus complexes pour installer des infrastructures par plus de 1 500 mètres de fond et dans des zones plus éloignées des côtes. La connexion des champs plus petits aux réseaux existants implique aussi beaucoup d’innovations dans la conception et la fabrication de nouvelles canalisations. Cette nouvelle donne suppose également une autre organisation. Face à la demande des pays producteurs sur l’emploi de personnels localement, nous devons adapter notre outil de production.  En Angola, par exemple, où nous sommes présents depuis la fin des années 90, nous travaillons en partenariat avec la société pétrolière nationale Sonangol. Nous avons ainsi créé dans une zone protégée de la ville portuaire de Lobito (province du Benguela), un chantier de fabrication de nos infrastructures sous-marines et des canalisations. Nous fabriquons également sur place les risers, lesquelles sont ensuite remorquées par nos bateaux en mer pour y être installées. Ce chantier sert les intérêts du pays puisqu’il crée de l’emploi et permet de former des techniciens et ingénieurs angolais. Cette expérience et cette implantation dans le pays nous permet de répondre aux besoins de nos clients.

Quelle sont les avancées technologiques dans l’offshore profond et ultra profond ?

JL : On est passé des puits secs (opérés de la surface) aux puits sous-marins. La tendance est d’avoir de plus en plus d’infrastructures, de traitement et de process sous-marins (stations de pompage ou de séparation sous-marines). Sur le plan technique, les matériaux de synthèse ou composites comme les polyuréthanes ou polypropylènes se généralisent, soit pour une meilleure isolation des conduites, soit pour gagner en poids et en flottabilité. Nous avons également recours à des aciers spéciaux et des techniques de soudage et de contrôle non destructif très élaborées afin de garantir la durée de vie des installations et des conduites sous-marines avec un minimum de maintenance et malgré des conditions d’utilisation très sévères en terme de pression, température ou composition des fluides. Ces avancés technologiques sont aussi le fruit de coopérations poussées avec nos sous-traitants, avec qui nous avons développé, par exemple, un nouveau type de canalisation, le « « Bubi pipe, particulièrement adapté aux fluides corrosifs rencontrés dans les couches pré-salifères des eaux profondes au large des côtes brésiliennes.

Les coûts que ces nouvelles technologies impliquent, sont-ils beaucoup plus élevés ?

JL : Le coût est certes un facteur très important. Mais au-delà de cet aspect économique, ces nouvelles contraintes en eaux profondes et ultra-profondes nous imposent une préparation toujours plus méticuleuse en amont des opérations marines afin d’optimiser l’utilisation de navires de construction plus gros et plus coûteux. Bien préparer cette phase en mer est capital pour des aspects de coût et de sécurité. Nous nous orientons vers des projets qui ressemblent d’une certaine manière aux programmes spatiaux pour lesquels le succès se joue pour l’essentiel sur la préparation. Toutes ces nouvelles contraintes impliquent un planning plus long et une organisation plus complexe. L’une des difficultés aujourd’hui est de s’accorder avec les fournisseurs dont les carnets de commandes sont bien remplis, qui ont tendance à imposer leur planning. On a d’ailleurs pu constater sur ce marché plutôt tendu, des retards de livraisons dans certaines régions du globe. En tant qu’intégrateur et contractant, Subsea 7 doit respecter le cahier des charges du projet. C’est lui qui garantit les délais de fourniture et de fabrication des équipements. Cette étape est d’autant plus fondamentale pour Subsea 7 qu’il couvre toute la chaîne de valeurs, de l’ingénierie à la construction et la mise en service des équipements offshore. La livraison clé en main du projet comprend également toute la partie logistique, l’inspection et la mise en route des installations ; elle peut aussi s’étendre à la maintenance du champ dans certains cas. La logistique est en passe de prendre une importance toute particulière. Les compagnies pétrolières avec qui nous travaillons depuis longtemps sur des projets clé-en-main en Afrique de l’Ouest nous demandent désormais le même service d’intégrateur dans d’autres zones géographiques comme en mer du Nord. Il en va de même pour la partie inspection et maintenance : nos équipes travaillent en étroite collaboration avec nos clients. De manière régulière, elles inspectent et assurent la maintenance des conduites, y compris les opérations de modernisations même mineures des installations. Ce savoir-faire nous donne un certain avantage dans la connaissance de nos équipements jusque dans la phase de mise en production.

Quelle est la particularité de Subsea 7 ?

JL : Subsea 7 intervient pour l’industrie de l’énergie en offshore. Nous proposons une large gamme de solutions dans le domaine de l’énergie (pétrole & gaz), mais aussi dans les énergies renouvelables à travers notre nouvelle joint venture avec Seaway Heavy Lifting dans l’éolien offshore. Dans ce marché de l’offshore, nous disposons d’une des plus grandes flottes du monde avec 40 bateaux offrant des services très divers  dans la pose de canalisations, de flexibles ou de robots. Subsea 7 est aujourd’hui un groupe très international avec des bureaux dans le monde entier.

Quelles sont les nouveautés en matière de robots high-tech ?

JL : L’utilisation de plongeurs reste une activité encore importante, tout particulièrement en mer du Nord où les fonds marins sont peu profonds. Nous investissons en permanence dans des bateaux très high-tech pour accompagner les plongeurs dans leurs missions. La recherche de pétrole à de grandes profondeurs d’eau, nécessite néanmoins l’emploi fréquent de robots que nous concevons et opérons pour notre compte ou pour le compte des sociétés parapétrolières ou de forage à travers notre division spécialisée I-Tech. C’est pourquoi, nous cherchons continuellement à améliorer les performances de ces robots indispensables à notre activité comme leur fiabilité et facilité de maintenance, l’amélioration de leurs systèmes inertiels de positionnement ou une meilleure ergonomie des postes de pilotage permettant de gagner en maniabilité et en précision. Nous mettons actuellement au point une nouvelle génération de robots, les AIV (Autonomous Inspection Vehicule), totalement autonomes et dépourvus de cordon ombilical les reliant au bateau. Cette innovation évite d’avoir un bateau en surface et permet ainsi de réduire les coûts d’utilisation. Ce sont des concentrés technologiques qui font appel à des technologies d’autres industries High Tech comme la reconnaissance d’image, la propulsion électrique, l’intelligence artificielle. Cette génération de robot en phase finale de qualification sonne le début d’une nouvelle ère.

A terme, les opérateurs auront-ils moins besoin de bateaux ?

JL : Ces nouveaux robots n’auront pas d’incidence significative à court terme sur les besoins en bateaux des opérateurs. A contrario, la demande de bateaux plus sophistiqués va augmenter  pour développer tous ces champs très complexes situés  dans des zones lointaines et difficiles d’accès. C’est la raison pour laquelle Subsea 7 a conçu le bateau « Seven Borealis », une sorte de « couteau suisse » capable d’installer de manière quasi autonome de gros équipements sous-marins et de fabriquer sur place les canalisations sans faire appel à une flotte de bateaux de construction. Nous disposons également d’autres bateaux qui, eux, transportent sur de grosses bobines les canalisations fabriquées sur nos bases à terre. Enfin nous avons développé des solutions de remorquage astucieuses comme en Mer du Nord ou les canalisations sont fabriquées en faisceau à terre puis remorquées sur site. C’est une solution économique qui limite le recours aux bateaux de pose de canalisations. On fait la même chose en Angola avec les tours risers. L’avantage, c’est de fabriquer et assembler en zone protégée les équipements qui sont ensuite acheminés sur zone par les remorqueurs. Ces exemples montrent la variété de solutions proposées par Subsea 7 en fonction des projets et des zones géographiques. Pour revenir aux bateaux, globalement, nous assistons à un renouvellement continu de la flotte qui voit apparaître des bateaux plus performants offrant des services plus pointus et naviguant dans des zones toujours plus éloignées des côtes et travaillant sur des fonds toujours plus profonds. Pour travailler par 3 000 mètres de profondeur, nous avons besoin d’équipements et d’infrastructures sophistiqués comme des bateaux et des treuils plus puissants ou des canalisations aux parois plus épaisses. Le Seven Borealis est par exemple équipé d’une grue de 5 000 tonnes de capacité et d’une tour de pose en J de pipelines de 1 000 tonnes.

Pouvez-vous nous expliquer quelles sont les nouvelles contraintes en matière de réglementation liée à l’exploitation des fonds marins ?

JL : Le cahier des charges de nos clients s’est considérablement renforcé depuis l’accident de Macondo dans le golfe du Mexique. Les clients ont tous monté d’un cran leurs exigences en matière de sécurité. A mon sens, les grandes sociétés comme Subsea 7 qui bénéficient d’une longue expérience des conditions très strictes en matière de sécurité et d’environnement en mer du Nord, sont mieux armées que les petites entreprises pour répondre à ces exigences. Travailler en offshore nous conduit par exemple à aller plus loin dans nos recherches de qualité et de traçabilité de nos matériaux vis-à-vis de nos fournisseurs. L’exploration de l’Arctique impose des conditions extrêmes.

Comment comptez-vous relever le défi technologique assurant le fonctionnement de manière autonome des installations tout en garantissant une fiabilité et une disponibilité optimales des installations pendant au moins vingt ans ?

JL : Dans l’Arctique, on est loin de tout. Les défis à relever sont donc nombreux. Tout particulièrement en matière d’intervention et de logistique. Nous venons de lancer un nouveau bateau, le « Seven Viking », pour le marché Norvégien qui est spécialisé dans l’inspection et la réparation des installations sous-marines. Ce bateau a été conçu pour travailler dans des mers très agitées. Il peut donc intervenir à tout moment et déployer un robot quelles que soient les conditions météo. Demain les robots autonomes, ou AIV, pourront travailler sous la banquise sans l’aide de navire de surface. Toute notre expérience de sécurité, de logistique ou de développement d’équipements sophistiqués que l’on utilise dans des environnements moins compliqués prennent tout leur sens dans une zone aussi difficile que l’Arctique.

L’ultra profond nécessite de nouvelles compétences techniques, lesquelles selon vous ?

JL : Avec le renouvellement de nos outils, le métier s’enrichit de nouvelles expertises plus diverses et plus internationales dans le management de projet mais aussi localement. Aujourd’hui, nous cherchons à attirer de nouveaux talents venant d’autres secteurs pour satisfaire nos besoins en management de projet,  en matière de politique d’achat et sur le plan technique. A Paris, on souhaite recruter 200 personnes spécialisées dans les métiers de l’offshore. Mais pas seulement. A travers notre programme de reconversion et de formation destiné à des ingénieurs venant d’autres domaines d’activité, l’industrie automobile par exemple, nous souhaitons intégrer à nos équipes des compétences nouvelles. Nous avons besoin de renforcer notre expertise dans les matériaux, le soudage, dans les écoulements thermodynamiques, dans la transmission et la distribution électrique ou dans le risque industriel.

Propos recueillis par Chantal Colomer

Partager