Kron (Alstom) : « Je suis un industriel qui aime son pays ! »

2014-05-22T14:51:26+00:00

Epreuve de vérité pour Patrick Kron, pdg d’Alstom, mardi soir à l’Assemblée nationale. Invité par la Commission des Affaires économiques, qui avait reçu deux heures plus tôt Arnaud Montebourg, le capitaine d’industrie était très attendu par les députés généralement peu présents au Palais Bourbon à cette heure tardive de la journée. Un exercice périlleux donc, alors que le ministre du Redressement Productif, dont les relations exécrables avec Patrick Kron sont de notoriété publique, a accusé le chef d’entreprise de n’avoir « jamais collaboré avec l’Etat, sauf lorsqu’il avait besoin d’aide ». Ambiance…

Pas de fait accompli

Patrick Kron, pdg d'Alstom

Patrick Kron, pdg d’Alstom

Patrick Kron l’assure à la Représentation nationale : « En aucun cas je n’ai mis l’Etat devant le fait accompli ». Une affirmation pour évacuer les accusations consistant à avoir négocié le rapprochement avec General Electric sans en avoir parlé au gouvernement. « Entre le moment où un accord semblait possible et la fuite (dans les médias), il n’y a eu que quelques heures », explique-t-il. Un travail mené par une « petite équipe » commune aux deux groupes « entre le 23 mars et le 23 avril » dernier. « Nous avions un devoir de confidentialité », indique Patrick Kron pour justifier le fait de ne pas avoir confié au ministre de l’Economie l’avancée de ses travaux. « Comme si un ministre ne pouvait pas garder de secret ! », s’est insurgée Delphine Batho, redevenue député des Deux-Sèvres et très impliquée dans cette commission. Pour le patron d’Alstom, « le déchainement médiatique qui a suivi la fuite a torpillé le processus qui n’en est qu’à ses débuts ». Les représentants du personnel doivent être consultés, des autorisations doivent être obtenues de la part de l’autorité de concurrence de chaque pays dans lesquels les deux groupes sont présents, enfin les actionnaires doivent donner leur consentement. Et Patrick Kron de mettre en garde : « Cette période d’incertitude ne doit pas durer car c’est le corps social de l’entreprise qui le subira ».

Taille critique

Interrogé sur sa préférence affichée pour GE, Patrick Kron répond par une pirouette : « Pour l’instant il n’y a qu’une offre sur la table, facile donc de la préférer ». Une manière de souligner que malgré des appels du pied de Siemens (fortement encouragés par le gouvernement ?), aucune offre ferme n’a pour l’instant été déposée. Mais il est clair que  l’ancien X-Mines penche du côté de GE : « Nos activités sont parfaitement complémentaires et il n’y a pas de doublons significatifs. C’est la meilleure option pour l’avenir des sites et de ses salariés », assure-t-il. Par ailleurs cette cession s’inscrirait dans une dynamique globale du secteur de l’énergie qui pousse à la concentration. Et de fait, Alstom n’aurait pas la taille critique pour survivre : « Il faut avoir les ordres de grandeur en tête. Sur les onze derniers mois, nous avons vendus 11 turbines à gaz contre 150 pour GE ! », justifie-t-il. Un argument qui ne s’appliquerait en revanche pas à la branche Transport : « La taille critique ne fait pas tout. En Arabie Saoudite, nous avons perdu le marché des TGV contre un consortium dix fois plus petit », se remémore le chef d’entreprise. Comprenne qui voudra…

Recentrage sur le transport

Interrogé sur l’utilisation des 12 milliards d’euros obtenus par la vente d’Alstom Energie, Patrick Kron s’est montré clair mais peu précis : « Ces fonds serviront à rembourser notre dette, à financer le développement futur d’Alstom transport, et à rémunérer les actionnaires sous forme de dividendes », sans préciser la part de chaque poste. Régulièrement accusé de vendre un joyau industriel français à l’étranger, l’ancien de Péchiney voit rouge : « Je suis un industriel qui aime son pays ! C’est tout sauf une opération financière. Ma seule obsession est d’éviter de se retrouver dans la même situation qu’en 2003 ». A l’époque, Alstom au bord de la faillite avait été sauvé par l’Etat qui nomma Patrick Kron pour redresser le groupe.

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