La feuille de route pour l’énergie à l’horizon 2050

2012-12-18T14:27:29+00:00

Günther H. Oettinger, membre de la Commission européenne chargé de l’énergie

L’énergie est l’un des principaux défis que doit relever l’Europe actuellement. Si l’Europe est à la pointe de la lutte contre le changement climatique, sa compétitivité économique est totalement dépendante d’un approvisionnement énergétique à la fois sûr et financièrement abordable, lui-même tributaire d’infrastructures appropriées. Jusqu’à la fin des années 90, l’accent était mis davantage sur la promotion de la demande que sur l’efficacité énergétique, et les fournisseurs d’énergie alimentaient avant tout des marchés nationaux. Les systèmes énergétiques doivent désormais fonctionner à l’échelle du continent et pouvoir être alimentés par une variété de combustibles renouvelables à faible teneur en carbone. « L’Europe est-elle prête et apte à relever le défi? » Sera-t-elle en mesure de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 80 % d’ici à 2050 en préservant sa compétitivité? La Commission européenne ouvre le débat en publiant sa feuille de route pour l’énergie à l’horizon 2050.

Que contient la feuille de route ?

Sur la base d’une analyse reposant sur différents scénarios, la feuille de route présente plusieurs trajectoires pouvant mener à la décarbonisation du système énergétique de l’Union européenne. L’objectif n’est pas de choisir une méthode à l’exclusion des autres, mais plutôt de recenser les points de convergence susceptibles de servir d’appui aux politiques d’investissement à long terme. La réalité différera toujours de ces modèles, mais les conclusions que l’on peut tirer de ceux-ci sont autant d’indications essentielles pour notre politique future. La principale conclusion de la feuille de route est simple: la transformation du système énergétique est techniquement et économiquement réalisable, pourvu que nous fassions les bons choix.

Cinq constats fondamentaux peuvent nous aider à faire les choix stratégiques qui nous permettront d’orienter notre système énergétique vers un avenir plus durable.

Des économies d’énergie s’imposent

Les possibilités d’économiser l’énergie sont encore largement sous-exploitées. Or, des économies d’énergie substantielles devraient être réalisées dans tous les scénarios de décarbonisation: la demande d’énergie primaire reculerait de 16 à 20 % d’ici à 2030 et de 32 à 41 % d’ici à 2050 par rapport aux pics constatés en 2005-2006. La Commission a récemment recensé dans une proposition de directive sur l’efficacité énergétique les domaines nécessitant une intervention d’urgence. Cette directive doit être adoptée rapidement si nous voulons obtenir des résultats sur le plan des économies d’énergie. Nous devons cependant nous montrer plus ambitieux. À long terme, il est primordial d’accroître l’efficacité énergétique dans les bâtiments nouveaux et existants. Les bâtiments à consommation d’énergie quasi-nulle devraient devenir la norme. Les produits et les appareils devraient se conformer aux normes d’efficacité énergétique les plus élevées. Le secteur des transports a besoin de véhicules économes en énergie et d’incitations à changer de comportement. Pour pouvoir progresser dans ces domaines, de nouvelles mesures doivent être prises au niveau tant de l’Union que des États membres.

 La part des énergies renouvelables est en nette augmentation

L’analyse montre que la majeure partie des technologies d’approvisionnement énergétique en 2050 se basera sur les sources d’énergie renouvelables. En 2030, tous les scénarios de décarbonisation prévoient une part croissante de sources d’énergie renouvelables, atteignant environ 30 % de la consommation brute d’énergie finale. En 2050, cette part s’élèvera au moins à 55 %, soit une progression de 45 points de pourcentage par rapport au niveau actuel. Cette évolution considérable constitue un véritable défi. Les sources d’énergie renouvelables joueront un rôle central dans le bouquet énergétique de l’Europe, que ce soit au niveau du développement technologique ou au niveau du déploiement et de la production de masse, à petite ou à grande échelle, dans un cadre subventionné ou dans un environnement ouvert à la concurrence. Toutes ces évolutions nécessitent en parallèle des changements de politique. Les incitations devront désormais devenir plus efficaces, générer des économies d’échelle et entraîner une plus grande intégration des marchés.

 Il est essentiel de construire les infrastructures nécessaires

Avec la pénétration progressive des énergies renouvelables et la croissance du marché de l’électricité d’ici à 2050 dans pratiquement tous les scénarios, il devient urgent de disposer d’infrastructures adéquates pour la distribution, l’interconnexion et le transport de longue distance. À long terme, il sera nécessaire d’élargir les méthodes de planification actuelles pour parvenir à une planification de réseau totalement intégrée, et couvrant une période potentiellement plus longue, pour le transport, la distribution, le stockage et les autoroutes de l’électricité. Enfin, et surtout, nous devons développer des réseaux électriques plus intelligents, capables de gérer une production variable provenant de nombreuses sources décentralisées et autorisant de nouveaux modes de gestion de l’offre et de la demande d’électricité.

Le marché européen de l’énergie doit être pleinement intégré

Un marché à l’échelle de l’Europe a la dimension appropriée pour assurer l’accès aux ressources et permettre les énormes investissements qui s’imposent. Le marché unique de l’énergie doit être pleinement intégré d’ici à 2014. Un défi supplémentaire réside dans la nécessité de disposer de ressources souples au sein du système énergétique en raison de la part plus importante des sources d’énergie renouvelables, de nature plus fluctuante. L’accès à des approvisionnements flexibles de tous types (gestion de la demande, stockage, centrales d’appoint, etc.) doit être assuré.  Un autre enjeu porte sur l’incidence de la production d’énergies renouvelables sur les prix du marché de gros. Quelle que soit la réponse apportée à ces défis, il importe que les modalités d’organisation du marché offrent des solutions présentant un bon rapport coût-efficacité. Les incidences transfrontières sur le marché intérieur méritent plus d’attention. Aujourd’hui plus que jamais, une coordination s’impose.

 Investir dans les technologies à faible intensité de carbone

La tarification du carbone peut inciter à la mise en œuvre de technologies efficaces à faible intensité de carbone à travers l’Europe. Le système d’échange des quotas d’émissions est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour la transformation du système énergétique. Il est également essentiel de renforcer les investissements publics et privés dans la R&D et l’innovation technologique pour accélérer la commercialisation et la modernisation de toutes les solutions à faible intensité de carbone, quelles qu’en soient les sources. En particulier, l’Europe devra certainement développer plus encore le captage et le stockage du carbone à partir d’environ 2030 dans le secteur de l’électricité pour atteindre les objectifs en matière de décarbonisation.

De nouvelles opportunités pour l’Europe

Le marché européen nous offre l’occasion de réaliser des économies d’échelle et d’accélérer le développement de nouveaux marchés pour les technologies à faible intensité de carbone. La modernisation du système énergétique entraînera des investissements massifs dans l’économie européenne. Elle peut être source d’emplois, de croissance et d’une plus grande qualité de vie. La décarbonisation peut aussi être un atout pour l’Europe, qui deviendrait ainsi un précurseur sur le marché mondial en pleine croissance des biens et services liés à l’énergie. La transformation du système énergétique contribuera également à réduire la dépendance à l’égard des importations et l’exposition à la volatilité des prix des combustibles fossiles.

Perspectives

Le débat est ouvert. Au cours des prochains mois, tous les acteurs dans tous les États membres mèneront un débat ouvert et discuteront des jalons et du cadre stratégique pour 2030, lesquels contribueront à apporter aux États membres et aux investisseurs les assurances dont ils ont besoin. Nos actions actuelles contribuent déjà à réduire notre empreinte carbone. Nous devons cependant aller plus loin encore: plus de sources d’énergie renouvelables, plus de technologies propres, plus d’investissements dans les réseaux, plus d’intégration et une plus grande efficacité énergétique. Nous avons besoin de décisions et d’investissements. Nous avons besoin de volonté politique.

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