La libéralisation du marché progresse lentement mais sûrement

2013-10-03T09:24:29+00:00

Eni Gas & Power France a annoncé le 1er octobre une hausse de 44% de ses abonnés en un an, estimés à 245 000 à la fin 2013. Ce sont ces bons résultats qui ont poussé la filiale française de la compagnie italienne à revoir à la hausse ses objectifs : au lieu des 500 000 annoncés, Eni France estime pouvoir atteindre la barre des 650 000 clients en 2016 (ce qui représente environ 5% du marché). Le groupe a fait un effort de visibilité ces derniers mois en entreprenant notamment plusieurs campagnes de publicité dont deux à la télévision. Cependant, « le groupe Italien reste prudent et garde en tête sa mission première de continuer à créer les conditions pour que le marché du gaz naturel en France s’anime », précise-t-il.

Ouverture du marché

Le marché du gaz n’est pas le seul à « s’animer ». Six ans après l’ouverture « officielle » du marché de l’électricité, les fournisseurs alternatifs d’EDF montent lentement mais sûrement. GDF Suez a ainsi annoncé lundi 30 septembre qu’il visait 5 millions d’abonnés en 2018, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Le groupe dirigé par Gérard Mestrallet s’appuie sur une offre à prix bloqué pendant deux ans qui permet d’échapper à la hausse des tarifs réglementés en août dernier et l’année prochaine de 5%. GDF Suez aurait ainsi convaincu 4 000 nouveaux clients au mois d’août, une belle performance.

Direct Energie, troisième fournisseur de l’Hexagone, joue quant à lui la carte du web. La société va lancer une offre « 100% sur internet » d’une durée d’un an avec un prix de l’électricité ou du gaz entre 8 et 10% moins cher que les tarifs réglementés. Fabien Choné mise sur 2 millions d’abonnés en 2017.

Même les fournisseurs d’électricité « verte » tentent désormais d’être compétitif sur les prix ce qui n’était pas vraiment leur spécialité. Le belge Lampiris propose ainsi une formule électricité 100% renouvelable à un tarif inférieur de 3,6% à celui d’EDF. Ces velléités sont liées au différentes augmentations de tarif décidées par le gouvernement, fortement incitées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) qui a mis en garde contre des tarifs qui ne couvrent plus depuis maintenant plusieurs années les coûts de l’opérateur historique.

Paradoxale libéralisation

Variation des prix de l'électricité depuis 2001 en France

Variation des prix de l’électricité depuis 2001 en France

Avec les deux hausses de 5% décidées par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le tarif réglementé devrait être suffisamment élevé pour mettre les fournisseurs alternatifs dans la course aux parts de marché. « Même si le marché de l’électricité pour les particuliers était ouvert depuis 2007, il ne se passait pas grand chose, mais l’ouverture longtemps attendue est désormais advenue », s’est félicité auprès de l’AFP Bruno Bensasson, directeur de GDF Suez Energie France. En revanche, selon les concurrents d’EDF, l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) ne les auraient guère aidé dans cette guerre commerciale. Ce mécanisme qui leur permet de soutirer tout de même un quart de l’électricité nucléaire produite par l’opérateur historique au prix de 42 €/MWh (prix qui devrait resté stable l’an prochain selon les informations du Figaro) est jugé trop élevé par ces derniers.

Quoiqu’il en soit, c’est bel et bien la hausse des tarifs réglementés qui semble avoir donné le signe déclencheur aux consommateurs pour changer de fournisseur. Une inflation amenée à se poursuivre en raison des lourds investissements qui attendent EDF, notamment son grand carénage du parc nucléaire évalué à 55 milliards d’euros. Si la hausse des tarifs réjouit les fournisseurs alternatifs, elle bat quelque peu en brèche les promesses de la libéralisation du marché de l’électricité en France qui comme chacun s’en souvient avait comme objectif de développer la concurrence et in fine… baisser les prix !

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