L’affaire Alstom devient très politique

2014-04-30T16:11:57+00:00

Il fallait s’en douter. Après la révélation, en fin de semaine dernière, de négociations pour le rachat d’Alstom par General Electric, le pouvoir politique s’est saisi du dossier. Les protagonistes de l’affaire se sont donc succédés le week-end dernier à l’Elysée pour informer le chef de l’Etat de leurs intentions. Après Péchiney, Arcelor ou encore Lafarge, la prise de contrôle étrangère d’un des derniers fleurons industriels français fait mauvais effet à l’heure du « redressement industriel », promu par le gouvernement. L’entrée in extremis d’un nouveau joueur dans la partie, Siemens, politise un peu plus ce dossier brûlant.

Etat arbitre

Très prudent lors de la publication de l’information, l’Exécutif s’est depuis fortement activé. François Hollande a reçu lundi les dirigeants de GE, Jeffrey Immelt, de Siemens Joe Kaeser et le premier actionnaire d’Alstom, Martin Bouygues. Le conseil d’administration du groupe français a suspendu l’action en Bourse et dit vouloir poursuivre « sa réflexion stratégique » pendant encore deux jours, soit jusqu’à mercredi où il donnera sa décision. L’Etat qui, rappelons-le , n’est plus actionnaire d’Alstom, souhaite peser dans la décision pour limiter la casse sociale. Dans un communiqué publié lundi, Arnaud Montebourg explique qu’il « sera extrêmement ferme sur ses exigences de maintien et créations d’emplois, d’investissements  et de R&D ». Et le ministre d’affirmer qu’il a les moyens d’empêcher le rapprochement des deux groupes. Dans un courrier adressé à Jeffrey  Immelt et mis en ligne par BFMTV dimanche, il explique qu’une acquisition d’actifs dans l’énergie, et en particulier le nucléaire, par un investisseur étranger, requérait une autorisation préalable des autorités françaises, similaire à celles délivrées par le Comité des investissements étrangers aux Etats-Unis (CFIUS).

Airbus de l’énergie

(c) Alstom

(c) Alstom

La lettre d’intention envoyée dimanche par Joe Kaeser à Patrick Kron a donné au gouvernement une opportunité de gagner un peu de temps alors que l’accord GE/Alstom doit être officialisé cette semaine. Siemens propose lui aussi de racheter l’activité Energie d’Alstom contre une somme en cash et la moitié de sa branche Transports. Un intérêt pour le groupe français qui n’est pas nouveau. En effet, en 2004, alors qu’Alstom était au bord de la faillite, l’Etat français était entré au capital pour empêcher justement la prise de contrôle de l’Allemand. Dix ans plus tard, le changement de braquet est total puisque le gouvernement serait tenté de favoriser l’Allemand dans l’optique de créer le fameux « Airbus de l’énergie ».

Privilégier la relation franco-allemandes ? Un objectif politique qui a du sens mais qui n’est pas forcément le meilleur choix industriel. En une décennie, l’avis de Patrick Kron sur Siemens n’a pas changé : il est contre ! Au-delà de l’aspect historique (Siemens est le concurrent de toujours), les synergies potentielles ne sont pas aussi évidentes qu’entre GE et Alstom (voir notre article). Les deux groupes sont en effet régulièrement en concurrence frontale sur les turbines hydrauliques, l’éolien offshore ou encore les centrales à gaz. Un rapprochement des deux compagnies aurait donc sans aucun doute un impact social, même si Siemens s’est engagé à maintenir l’emploi « pendant au moins trois ans ». Mais les milieux industriels restent dubitatifs sur la capacité de l’Allemand à monter une opération de plus de dix milliards d’euros en 48h, alors que l’accord avec GE est négocié depuis des mois. Par ailleurs, la stratégie de Siemens est aujourd’hui plutôt concentrée sur des cessions d’actifs que le contraire. Last but not least, un hypothétique rapprochement d’Alstom et Siemens poserait des problématiques de concurrence que la commission européenne ne manquerait pas de soulever. De fait, une question se pose : Siemens fait-il monter les enchères ? A moins qu’il ne s’agit pour François Hollande de se servir du groupe allemand pour gagner du temps. Selon le Nouvel Observateur, le chef de l’Etat travaillerait sur une alternative : la nationalisation partielle  ! Le président de la République réfléchirait à vendre une partie des parts qu’il détient dans EDF (84%) pour financer la sortie de Bouygues (3 milliards €) et la recapitalisation d’Alstom (3 mds €). Une solution qui a été prônée dès le début de l’affaire par l’extrême-gauche en la personne de Jean-Luc Mélenchon, et depuis lundi et d’une manière plus édulcorée par François Fillon qui a dit ne « pas (être) hostile à une solution qui impliquerait l’Etat ».

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