Le rapport sur les coûts du nucléaire remis au Parlement

2014-06-12T12:06:20+00:00

Après six mois de travaux, la commission d’enquête relative aux coûts du nucléaire et à son avenir a rendu le 10 juin à Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, son rapport final. Jugé « partisan » et comparé à un « manifeste anti-nucléaire » par les députés UMP, opposés depuis le commencement à cette commission d’enquête, le rapport pointe un certains nombre d’incertitudes sur l’évolution des coûts et enjoint le gouvernement à prendre des décisions claires, notamment sur la prolongation de la durée de vie des réacteurs, pour donner de la visibilité à la filière.

Horizon

(c) E.ON

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Contrairement à ce qu’affirment les députés UMP, le rapporteur Denis Baupin (Europe Ecologie Les Verts) n’a pas fait de ce rapport sur les coûts du nucléaires un pamphlet anti-atome. Si le style du rédacteur est reconnaissable, la recherche d’un consensus domine le document de 200 pages. Ainsi, soucieux de prendre en compte les enjeux industriels, la première recommandation (sur 16) du rapporteur est : « il revient aux pouvoirs publics de définir le cadre stratégique énergétique permettant de réduire les incertitudes pesant sur la filière ». Un moyen de mettre la pression sur le gouvernement qui a admis à demi-mots que la loi sur la transition énergétique serait votée en 2015 (voir notre article), mais aussi de rassurer une filière dans le doute depuis la promesse présidentielle de réduire la part de l’atome dans le mix électrique de l’Hexagone. Pour autant, cette participation (75% de la consommation) du nucléaire est jugée trop importante par l’écologiste qui estime qu’elle est une source de vulnérabilité pour le système électrique.

Sur les coûts du nucléaire, le rapport constate l’incapacité d’évaluer les coûts de l’EPR puisqu’aucun ne fonctionne encore mais que le devis a très largement été « sous-évalué ». Un dérapage qui vaut également pour le projet d’enfouissement des déchets radioactifs : Cigéo. Le rapporteur propose ainsi de trouver « un plan B » si la solution de l’enfouissement venait à être écartée. Si la prolongation de la durée de vie des réacteurs à 50 ans semble incontournable pour EDF, la commission avance une « voie intermédiaire » avec « des durées de vie différenciées en fonction des réacteurs », prenant en compte « l’absence de connaissance précise des contraintes de sûreté » liée à une prolongation.

Au final, ce rapport correspond assez bien à ce qu’on attendait de lui : un travail énorme d’audit du parc nucléaire avec près d’une soixantaine d’auditions, qui en fera un document de référence. Sa remise à l’Assemblée nationale une semaine à peine avant la présentation en conseil des ministres du projet de loi sur la transition énergétique ne tient pas au hasard. En écartant la thèse des coûts cachés, il participe à poser un débat plus serein au Parlement, si cela est seulement possible sur un sujet aussi brûlant…

 

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