Les Japonais entrent dans la danse

2014-06-16T10:32:42+00:00

Les groupes japonais MHI et Hitachi seraient prêts à s’associer à Siemens pour contrer General Electric (GE) dans sa tentative d’absorption d’Alstom. Depuis la fin mai, et l’audition parlementaire d’Arnaud Montebourg et Patrick Kron (voir notre article) l’Exécutif gardait le silence sur le dossier Alstom, mais discutait beaucoup en coulisses. François Hollande a tenu ce jeudi matin une réunion de travail avec les ministres concernés pour faire le point. L’annonce serait imminente.

Périmètre différent

Rotor de turbine à gaz GT26 (c) Alstom

Rotor de turbine à gaz GT26 (c) Alstom

Aux côtés du chef de l’Etat, Manuel Valls, Premier ministre, Arnaud Montebourg, ministre de l’Economie, David Azema, directeur de l’Agence des participations de l’Etat, et Elisabeth Borne, directrice de cabinet de Ségolène Royal ont étudié l’offre alternative : MHI, associé à son compatriote Hitachi, proposerait 3,6 milliards d’euros pour les activités de turbines à vapeur d’Alstom, utilisées dans les centrales nucléaires françaises, tandis que Siemens investirait la même somme pour acquérir l’activité de turbines à gaz. Le périmètre de la transaction exclurait ainsi l’activité Transmission et Distribution (T&D) contrairement à l’offre de GE. Selon des sources proches du dossier, Siemens serait toujours disposé à céder son activité ferroviaire au Français. L’offre a été confirmée à l’AFP à demi-mots par l’Elysée : « Aujourd’hui, il y a une offre qui est connue et déposée qui est l’offre de General Electric et une offre qui devrait être confirmée dans les prochains jours qui est celle de Mitsubishi associé à Siemens ». Et de répéter à l’envi : « Nous n’avons pas des préférence pour telle ou telle proposition. Nous avons des exigences qui sont l’emploi, le maintien de l’activité en France, l’indépendance énergétique. C’est à cette aune-là que nous regarderons les choses ». Les deux groupes feront savoir au plus tard le 16 juin s’ils concrétisent leur intérêt par une offre ferme au conseil d’administration du groupe français.

Meccano industriel

L’entrée en course des Japonais ouvre un nouveau chapitre dans la saga Alstom. Dans un secteur en pleine concentration, l’acquisition de ce fleuron industriel, petit par la taille mais grand par la technologie, devient un enjeu d’importance dans la grande compétition qui s’ouvrira ensuite. Pour Siemens, l’objectif est clair : empêcher son concurrent américain de prendre le dessus sur le marché européen et vendre à la France l’idée de recréer un Airbus de l’Energie. Les activités de GE et Alstom sont complémentaires et renforcerait encore un peu plus la position de l’Américain sur le marché de l’énergie. La stratégie des Japonais est moins lisible en raison de nombreux accords croisés. Leur attrait pour le secteur est ancien et les conglomérats nippons concurrents sont habitués à coopérer entre eux lorsque leurs intérêts l’exigent. Pour autant, Hitachi, associé pour l’occasion à MHI pour concurrencer l’offre de GE et récupérer les chaudières nucléaires d’Alstom, a créé en 2007 une co-entreprise avec l’Américain sur… le nucléaire ! De son côté, General Electric aurait déjà négocié la revente de l’activité T&D à un autre japonais, Toshiba, en cas de victoire. Bref, le grand Meccano de l’énergie est en marche !

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