L’exploitation des sables bitumineux nécessaire mais polluante

2014-02-05T14:44:40+00:00

Les feux des projecteurs de l’actualité nord-américaine sont braqués sur le Canada. Après la publication du rapport du Département d’Etat pour le projet de pipeline Keystone XL (voir ici), deux autres études ont été publiées le 3 février concernant les sables bitumineux. La première, issue du Fonds monétaire international (FMI), souligne la nécessité de développer des infrastructures de transport. La seconde, publiée à l’Académie des Sciences américaine, met quant à elle en garde contre des risques de pollution très sous-estimés.

Goulets d’étranglement

Dans son rapport annuel sur l’économie canadienne, le FMI avertit  que « la hausse de la croissance de la productivité et l’accès du marché aux ressources énergétiques du Canada sont essentiels pour doper le potentiel de croissance. Le secteur énergétique pourrait être une source de risques à la fois baissiers et haussiers, ce qui dépend largement des progrès accomplis pour remédier aux goulets d’étranglement de l’infrastructure ». Une situation qui pousse le Canada à accélérer le développement de ses infrastructures de transport (cf. PGI 1826). La province de l’Alberta (ouest) est ainsi assise sur la troisième réserve de pétrole de la planète mais  peine à l’exporter, faute d’oléoducs suffisants pour l’acheminer vers les marchés en demande.

C’est dans ce contexte que le Département d’Etat américain a rendu public le 31 janvier un rapport favorable à la construction du Keystone XL. Le ministre canadien des Ressources naturelles, Joe Oliver, s’en est félicité : « Nous sommes encouragés par le fait que le département d’État a confirmé que Keystone XL n’aurait pas de répercussions importantes sur l’environnement », a-t-il déclaré le jour même.

Exploitation polluante

Cette semaine aurait pu être idéale pour le Canada si un troisième rapport, celui-là moins favorable, n’avait pas également été rendu public (voir ici). Il estime que l’exploitation à ciel ouvert des sables bitumineux d’Athabasca (Alberta), à l’ouest du Canada, serait deux à trois fois plus polluante et risquée pour l’environnement et la santé humaine qu’estimé initialement. « Les estimations officielles des émissions d’un groupe particulier de ces substances toxiques (HAP) utilisées dans les études d’impact environnemental sont trop basses, ce qui fait que la possibilité d’un risque pour la santé humaine et l’environnement a été sous-estimée », précise Frank Wania, professeur de sciences environnementales à l’Université de Toronto (Canada). Selon l’auteur de l’étude publiée dans les Comptes-rendus de l’Académie américaine des Sciences (PNAS),  les émissions de HAP rejetées directement dans l’atmosphère par l’extraction du bitume et également celles provenant de l’évaporation des bassins de décantation, « pourraient être une source beaucoup plus importante de ces contaminants dans l’air qu’estimé », rapporte l’AFP. En effet, l’eau chargée des résidus de l’extraction est acheminée dans des bassins de décantation. Elle contient de petites quantités de résidus de bitume, du sable, de l’argile, des métaux dissouts et des composants organiques, notamment les HAP dont seize sont classés comme d’importants polluants par l’Agence américaine de protection de l’Environnement (EPA).

Partager