L’IFPEN y croit

2013-06-12T09:54:52+00:00

Les carburants de deuxième génération (G2) sont tout proches de l’industrialisation, aux dires d’Olivier Appert, président de l’IFPEN. L’institut de recherche, dont la vocation est de développer des procédés pour le secteur du pétrole et des énergies renouvelables, termine le pilotage du projet Futurol. Celui-ci vise à produire de l’éthanol par voie fermentaire à partir de lignocellulose issue de co-produits agricoles, forestiers ou de biomasse dédiée. Dans deux ans, le procédé sera fin prêt pour sa commercialisation. Et selon Pierre Porot, directeur biocarburants à l’IFPEN, « on touche du doigt la rentabilité économique. Les biocarburants sont aujourd’hui 20 à 50% plus chers que les carburants fossiles, mais avec l’apprentissage industriel on sera compétitifs ».

Si la technologie est quasiment au point, l’étape d’industrialisation s’annonce plus difficile en France et même en Europe. Olivier Appert, souligne en effet un manque crucial de visibilité sur les quotas d’incorporation qui seront accordés dans le futur à ces carburants de 2e génération, déplorant des discussions européennes qui s’éternisent. « On sait que l’on est compétitif mais il faudra pouvoir convaincre un investisseur industriel que le risque est raisonné » ajoute-t-il. A trop avoir vilipendé les biocarburants de première génération et restreint leur marché, les gouvernants ont freiné l’entrain des investisseurs qui désormais ne se bousculent plus au portillon. Pourtant les carburants G2 présentent des performances environnementales inégalées. Et les gisements de biomasse lignocellulosique sont autrement supérieurs aux gisements de sucres, amidons et graisses fournis par les cultures vivrières et nécessaires aux filières de première génération.

L’Europe se fait distancer

Pendant que l’Europe tergiverse, ailleurs dans le monde le marché décolle. Aux Etats-Unis, des unités « advanced ethanol » de 50 à 80 000 t/an devraient démarrer dans les deux ans. Même en Chine, le grand pétrochimiste Sinopec a prévu une unité de 80 000 t/an.

L’Europe est-elle irrémédiablement distancée ? Pierre Porot se veut optimiste listant quelques projets de démonstrateurs d’éthanol au dessous de 5 000 t/an chez Inbicon au Danemark, UPM/Metso en Finlande, Süd-Chemie en Allemagne, Abengoa en Espagne, s’ajoutant au projet Futurol (80 t/an et 1 500 t/an à venir). L’italien Chemtex a même mis en route fin 2012 une unité industrielle de 40 000 t/an, selon le procédé fermentaire Proesa. En attendant des décisions politiques stables, l’IFPEN travaille sur les deux autres grandes technologies de production de carburants G2, la pyrolyse et la thermochimie (projet BioTfuel) avec des échéances à l’horizon 2017 et 2020. Ensuite, la G3 montera en puissance. Il s’agira cette fois d’exploiter le formidable potentiel de la biomasse aquatique, et plus précisément des microalgues. Avec des applications industrielles attendues d’ici à 2030, ce n’est plus tout à fait de la science fiction.

Sylvie Latieule, directrice de la Rédaction

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