Marché pétrolier : l’Opep renonce à influencer les prix

2015-06-08T00:01:59+00:00

Réunie à Vienne le vendredi 5 juin, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a décidé de maintenir son plafond de production à 30 millions de barils par jour (mbj) pour six mois. En laissant le marché décider des prix du pétrole, l’Opep abandonne de son influence sur les cours aux États-Unis, mais conserve sa force stratégique, estiment plusieurs analystes cités par l’AFP.

« Le cartel perd un peu de son influence au profit du marché pétrolier américain, et dans une moindre mesure au profit de la Russie », a commenté Fawad Razaqzada, analyste chez Forex.com. « Mais (il) reste une force dominante, juste un peu moins puissante que par le passé ». L’Opep entend poursuivre sa stratégie en maintenant son plafond et en laissant le marché décider des prix, afin de mettre la pression sur  la production hors-Opep. Une tactique principalement dirigée vers la production de pétrole de schiste américaine, qui, stimulée par des années de prix à 100 dollars le baril, a explosé et atteint 5 mbj.

« Mais si le nombre de puits de forage aux États-Unis a baissé de 60 % depuis son pic du mois de septembre dernier, et que la production américaine montre des signes de ralentissement, l’offre non-Opep est toujours en hausse d’environ 2 mbj par rapport à l’année dernière », explique Richard Mallinson, analyste chez Energy Aspects. De plus, la production américaine semble plus souple et réactive aux prix que celle de l’Opep, ce qui pourrait offrir aux États-Unis le nouveau rôle d’équilibrer le marché.

« Les États-Unis semblent avoir la possibilité de contrôler l’offre en augmentant leur production lorsque les prix grimpent ou en la réduisant lorsque les prix baissent, et cela peut facilement influer sur les cours », avance Abhishek Deshpande de Natixis. De son côté, John Watson, le p-dg de la major pétrolière américaine Chevron avait indiqué, la veille de la réunion de l’Opep, que « le pétrole de schiste américain (allait) devenir un mécanisme de rééquilibrage du marché dans les prochaines années ».

Et cela d’autant plus que le cartel dépasse son plafond – l’organisation produit actuellement plus de 31 mbj – ce qui réduit la capacité de production non utilisée que le cartel pourrait débloquer pour rapidement accroître l’approvisionnement des marchés si besoin. « En ce moment les États-Unis ont une capacité de production non utilisée importante car le pays a foré des puits sans les finir », indique Thomas Pugh, analyste chez Capital Economics.

Ce qui conserve à l’Opep toute sa force, c’est que le cartel est toujours capable d’influencer les prix stratégiquement, alors que la production américaine, surtout la production de schiste, est dominée par un grand nombre de petites compagnies. « Le marché américain ne fonctionne pas comme une seule et même entité, il est extrêmement fracturé », souligne Jason Schenker de Prestige Economics, estimant que « les grandes compagnies nationales pétrolières des pays de l’Opep ont une meilleure appréhension du marché mondial ».

Dans tous les cas, les prochains six mois seront déterminants pour savoir si la stratégie du cartel fonctionne vraiment. « Cela va être très dur pour le Venezuela, l’Irak, la Libye et le Nigeria car ces pays sont à court d’argent, mais le résultat devrait donner une augmentation des prix », estime Richard Mallinson, d’Energy Aspects.

Cependant, l’Opep aura à gérer le retour en son sein de l’Iran en cas de levée des sanctions occidentales contre ce pays, et la volonté de l’Irak d’accroître sa production à 6 mbj d’ici à 2020, contre autour de 3,5 mbj actuellement. Selon des estimations de Barclays : l’offre dépasse toujours la demande, et si l’Opep continue de produire à ses niveaux actuels au deuxième semestre le surplus pourrait atteindre 1,3 mbj.

Source : AFP

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