Nicolas Andrivon, président-directeur général de Clemessy Services

2018-04-03T14:24:56+00:00

« Recréer de la valeur dans la bonne exploitation de l’outil de production »

Au mois de janvier dernier, la société Eiffel Industrie a pris comme dénomination Clemessy Services. Spécialisée notamment dans les opérations de maintenance, l’entreprise se présente comme un « leader des services industriels » et un généraliste en termes de secteurs, de métiers et de typologies de projet. Selon son pdg, Nicolas Andrivon, la crise pétrolière a incité les donneurs d’ordre à porter un intérêt accru dans la gestion de leurs actifs de production.

Note : cet entretien a fait l’objet d’une publication dans le numéro 1850 de la revue « Pétrole et Gaz Informations » (septembre/octobre 2017).

Pétrole et Gaz Informations : Pouvez-vous nous rappeler quelle est l’activité de Clemessy Services et son positionnement au sein du groupe Eiffage ?

Nicolas Andrivon : Clemessy Services est une filiale à 100 % du groupe Eiffage, au sein de la branche Energie Systèmes qui regroupe l’ensemble des métiers d’intégrateur au sens très large du terme. La branche Energie intervient sur quatre grands secteurs qui sont le bâtiment, les infrastructures, les télécoms et l’industrie. L’activité de Clemessy Services est entièrement dédiée au monde industriel et concerne pour l’essentiel des opérations de maintenance et des travaux de proximité. Nous avons aujourd’hui environ un millier de clients dont 300 pour lesquels nous travaillons au quotidien. Nous comptons environ 2500 collaborateurs fixes et entre 500 et 600 de collaborateurs intérimaires ou en CDD pour un chiffre d’affaires de 280 millions d’euros en 2016. Ce niveau d’activité est sensiblement stable depuis quelques années puisque nous avons compensé certains développements par des replis stratégiques de façon à travailler avant tout sur notre rentabilité et sur notre pérennité plutôt que sur notre chiffre d’affaires.


PGI : Dans quels secteurs industriels intervenez-vous principalement ?

NA : Si les secteurs du pétrole et du gaz, de la pétrochimie et de la chimie représentent la part la plus importante de notre portefeuille de clientèle, nous sommes présents dans à peu près dans tous les grands secteurs industriels, y compris le nucléaire, la papeterie, l’automobile, la pharmacie, l’agroalimentaire ou encore l’aéronautique. Nos clients apprécient que nous ne soyons pas dépendants d’un secteur d’activités particulier ce qui donne une capacité de résilience plus forte aux différents cycles industriels. Sur le plan géographique, nous réalisons plus de 90 % de notre chiffre d’affaires sur le territoire français.


PGI : Jusqu’au mois de janvier dernier, Clemessy Services s’appelait Eiffel Industrie. Quelle est la raison de ce changement de dénomination ?

NA : La marque Clemessy, qui a été intégrée au groupe Eiffage il y a quelques années, bénéficie d’un positionnement très fort dans le monde industriel, alors que la marque Eiffel Industrie faisait référence à une branche Métal qui n’existe plus dans le groupe aujourd’hui. Cette composante « métal » n’avait plus de sens pour un certain nombre de nos collaborateurs et de nos clients. De plus, ces derniers, qui font face aujourd’hui à des problématiques de pression concurrentielle de plus en plus forte, cherchent avant tout à avoir avec eux des partenaires qui offrent un service répondant à des besoins de plus en plus globaux, transverses et décloisonnés. Le fait de nous rapprocher de Clemessy nous permet d’être perçus comme un ensemblier qui proposant une offre de services complète.
A l’origine, Clemessy était une entreprise spécialisée notamment dans les services pour l’énergie électrique et la mécanique alors qu’Eiffel Industrie était perçue comme un spécialiste de la tuyauterie, de la robinetterie et des machines tournantes. Ces deux entités ont connu un développement de leur activité extrêmement fort. Au sein de Clemessy Services, nous disposons aujourd’hui d’un ensemble de métier qui est unique sur le marché. Nous avons encore pu vérifier cela lors d’un appel d’offres récent où nous étions la seule entreprise capable de répondre, sous une seule et même bannière, à l’ensemble des métiers concernés, par exemple, par le raffinage. Nous sommes des généralistes que ce soit en termes de secteurs industriels, de métiers et de typologies de projet.


PGI : Prix bas du baril de pétrole, programmes de réduction des coûts lancés par les grandes compagnies… Comment vous êtes-vous adapté à cette évolution du contexte des affaires ?

NA : Pour ce qui nous concerne, la baisse des prix du pétrole enregistrée depuis un peu plus de deux ans, a été une opportunité bien plus qu’une contrainte. Et cela pour plusieurs raisons. La première est que nous étions historiquement très bien positionnés sur les activités de raffinage-chimie. Or, ce secteur a connu des difficultés bien avant 2014 et nous avons ainsi acquis une avance dans la capacité à réaliser des adaptations d’outils, des transformations métiers ou encore des reconversions de compétences. La deuxième est que la baisse du prix du pétrole a eût un effet vertueux, celui de rendre plus compétitives, grâce notamment à un meilleur coût de l’énergie, des industries qui avaient de grandes difficultés en France. Cette situation a dynamisé notre activité dans le secteur chimie-pétrochimie. De plus, nous avons moins souffert que d’autres acteurs des services car nous sommes très présents sur le marché français contrairement au marché international. Enfin, avec la baisse du prix du pétrole et donc l’augmentation de la part des assets dans les bilans de compagnies pétrolières, ces dernières ont été obligés de s’intéresser davantage à leurs actifs.


PGI : C’est-à-dire ?

NA : L’intérêt est désormais porté à la gestion des outils productifs plutôt que vers la création de nouveaux actifs. Il est donc essentiel de mettre en place ces solutions de gestion de ces actifs. Par exemple, là où auparavant on remplaçait un équipement défaillant, il est plus pertinent aujourd’hui de le réparer. Il est donc particulièrement important d’avoir une bonne gestion des pièces de rechange en flux tendus, une bonne analyse des niveaux de défaillance dans les unités ou de réparer des équipements avec des garanties constructeurs en vue de les réinstaller sur une unité. On recrée ainsi de la valeur dans la bonne exploitation de l’outil de production.


PGI : Vous avez créé en 2016 une école de formation technique au sein de l’entreprise. Pour quelles raisons ?

NA : Nous avons des difficultés aujourd’hui à trouver les bonnes compétences dans certains métiers, par exemple la mécanique et la tuyauterie. Clemessy Services a donc créé, en interne, une école, dénommée la M’Academy, qui forme chaque année plus de 300 stagiaires pour acquérir, maintenir et renforcer leur niveau de compétences techniques. C’est désormais indispensable si l’on souhaite offrir à nos clients les meilleures prestations de services. A l’heure de la réalité virtuelle et du big data, il est avant tout essentiel d’assurer le plus haut niveau d’exigence et de qualité dans chacune de nos interventions. Cette école de formation technique est un important investissement en ressources avec une trentaine de formateurs internes et environ 35 modules de formation dédiés à différentes techniques de la mécanique, de la tuyauterie et de la soudure. La M’Academy dispose de 300 m2 d’ateliers répartis sur deux campus, l’un à Saint-Nazaire et l’autre à Lyon. Cette aventure a été un vrai challenge en interne qui a créé beaucoup de sens et d’appartenance pour nos équipes.


PGI : Comment abordez-vous la démarche d’innovation ?

NA : Ce qui était auparavant un critère différenciant est désormais une évidence. C’est pourquoi nous avons créé il y a quelques années, un département innovation, disposant d’un laboratoire qui s’appelle Lab’Cys, et mis en place également des partenariats avec plusieurs start-up et des écoles d’ingénieur. Sur ce sujet de l’innovation, il y a de plus en plus une écoute croisée entre donneurs d’ordre et sociétés de services. Les thématiques les plus importantes dans le domaine de la maintenance, sont l’opérateur connecté, la dématérialisation des liaisons entre les sites industriels ou encore la digitalisation des opérations avec, par exemple, les jumeaux numériques. Ce sont des sujets sur lesquels nos clients grands comptes souhaitent que nous soyons des apporteurs d’idées car eux-mêmes sont en attente de solutions technologiques qui soient consolidées.


PGI : Pouvez-vous nous donner un exemple ?

NA : Actuellement, nous réalisons, à distance et en temps réel, une intervention assez complexe sur une pompe, sur un site industriel en Nouvelle-Calédonie. L’opération est effectuée à la fois par un opérateur présent sur le site, c’est-à-dire à plus à plus de 10 000 km de la France, et un expert qui était basé dans la région de Pau. Au-delà d’une évidente réduction des coûts et des délais, ce mode d’intervention nous permet non seulement d’optimiser les ressources en expertise mais aussi de donner la possibilité à l’opérateur sur le site d’acquérir des compétences qu’il ne possédait pas auparavant. Bien évidemment, pour une telle opération, le back-office est assez complexe. Ainsi l’opérateur sur place doit disposer non seulement d’une caméra connectée et des plans techniques, mais également d’un système de partage de documents en temps réel. De plus, ces nouveaux outils numériques doivent être assez fiables pour être utilisés dans un contexte industriel.


PGI : Vous avez annoncé au cours de l’année 2017 le renouvellement de plusieurs contrats avec le groupe Total et la signature d’un contrat pour la reconversion de la plateforme de La Mède…

NA : En effet, nous avons signé cette année avec le groupe Total un contrat de six ans pour la maintenance de la raffinerie de Donges et un autre pour la maintenance de la raffinerie de Feyzin et de ses dépôts. En ce qui concerne le projet de reconversion de La Mède en bio-raffinerie, nous avons été bénéficiaires tout d’abord d’un marché de préparation pour le démantèlement de 8 unités de production. Mais aujourd’hui notre activité se concentre sur trois autres lots : deux lots sur le cœur des unités de production HVO(1) avec l’ingénierie TechnipFMC Lyon, et un lot sur les utilités avec l’ingénierie Artelia; anciennement Auxitec. Ces projets, qui viennent dans la continuité des travaux d’arrêt réalisés en début d’année, représentent plus de 150 000 heures de travail. Il s’agit de marchés complexes et centraux qui doivent être réalisés dans un délai très tendu car, pour notre client, les enjeux en termes d’exploitation sont très importants. Nous sommes actuellement à la fin de la période de prédéfinition des études et au lancement des premières préfabrications qui sont réalisées dans nos ateliers de Vitrolles et de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône. Le montage sur site aura lieu fin de cette année ou début de l’année prochaine. Ce projet mobilise actuellement une cinquantaine de nos collaborateurs avec une montée en puissance au début de 2018. Par ailleurs, nous avons pris des engagements quant à notre capacité à nous adapter très vite aux évolutions du design de l’unité de bioraffinage sans remettre en cause le délai global.


PGI : Que représente votre activité à l’international ?

NA : Nous sommes présents notamment au Maroc, au Cameroun et en Côte d’Ivoire où nous venons de décrocher un important marché de maintenance pour une raffinerie. Les sociétés françaises de maintenance industrielle sont à la pointe des techniques comme des services, et je crois que nous devons être en capacité d’exporter notre savoir-faire à l’étranger. C’est un moyen de montrer que les méthodes de maintenance que nous avons développées en France sont exportables. Par exemple, nous travaillons sur le déploiement de la certification Mase(2) en Côte d’Ivoire qui permet de mesurer l’amélioration de la sécurité. Nous souhaitons nous développer dans des pays ciblés, là où les clients souhaitent augmenter leur niveau d’exigence et d’actifs sont considérés comme stratégiques.

(1) huile végétale hydrotraitée
(2) MASE est un système de management dont l’objectif est l’amélioration permanente et continue des performances Sécurité Santé Environnement des entreprises.

Images : Clemessy

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