Olivier Appert – Président de l’IFPEN

2013-12-19T17:23:43+00:00

« L’industrie parapétrolière se caractérise par une culture de l’innovation qui ouvre en permanence de nouvelles portes »

 

PGI : Comment se porte le marché parapétrolier mondial ?

Olivier Appert : Depuis 2010, on assiste à la poursuite d’une croissance forte du secteur. En 2012, le marché pesait environ 640 milliards de dollars, en hausse de 13% par rapport à l’année précédente. Rappelons-nous qu’en 2009, il ne représentait que 418 milliards de dollars. Cette augmentation est intimement liée à la politique d’investissement en amont. Le chiffre d’affaires des parapétroliers, c’est avant tout le CAPEX (dépenses d’investissement de capital) des compagnies pétrolières. Or, la demande d’hydrocarbures continuera à augmenter dans le futur malgré les effets conjugués de la baisse de l’intensité énergétique des pays émergeants et le développement des énergies renouvelables. L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) considère toujours que pétrole et gaz représenteront la moitié des sources d’énergie consommées sur la planète en 2035. L’autre critère fondamental est le prix. Avec un prix du baril qui oscille autour de 100 dollars, de nombreux projets jusqu’ici non rentables ont pu voir le jour. Prix et demande, tels sont les facteurs clés du développement du marché parapétrolier.

PGI : Quelles sont les régions du monde qui « drivent » cette croissance ?

OA : En valeur relative, l’Europe est en 2012, la région qui connaît le taux de croissance le plus élevé (26% sur un an) grâce notamment aux fortes dépenses de maintenance en mer du Nord pour limiter le déclin des champs matures et des investissements dans de grands projets lancés en 2010 et 2011. A l’inverse, l’Amérique du Nord croît faiblement, comme le Moyen-Orient (+6% chacun), en raison du niveau très élevé des investissements consentis ces dernières années (+50% en 2011 au Moyen-Orient…). L’Amérique du nord reste, avec un quart des investissements mondiaux, le premier marché du monde mais ex-aqueo avec la région Asie-Océanie. Et ce, en raison de l’accélération de l’activité des compagnies chinoises (CNOOC et Sinopec notamment) et de la poursuite des investissements dans des projets GNL en Australie (d’une valeur cumulée de 170 milliards de dollars depuis 5 ans).

PGI : Comment se porte le marché de la géophysique ?

OA : Mieux ! Après une année 2009 particulièrement difficile (-20% de CA) et 2010 encore en légère baisse (-2%), le marché s’est repris pour atteindre son niveau d’avant crise, soit environ 15 milliards de dollars. En 2012, ont été tirées 370 acquisitions géophysiques à terre, hors Etats-Unis, à part quasi égales entre 2D et 3D. Soutenues par un prix du baril de brut élevé, les campagnes d’acquisition et de traitement se sont accélérées en mer (+8% en 2012) à l’initiative notamment du Brésil (+50%), de la Chine (+40%) et du Golfe du Mexique (+23%). De fait, on a assisté à une résorption de la surcapacité de la flotte mondiale et une remontée des prix des acquisitions marines, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour le secteur. A l’inverse, on constate une baisse d’activité à terre (-9%) en raison notamment de la fin des grandes campagnes sismiques en Irak et de la stabilisation de l’activité en Amérique du nord.

PGI : Qu’en est-il du forage et de la construction offshore ?

OA : La hausse est généralisée que ce soit sur terre (+13% par rapport à 2011) ou en mer (+15%). Le marché pèse 72 milliards de dollars, auxquels il convient d’ajouter la fracturation hydraulique (+60% !) qui représente quelque 47 milliards de dollars. Concernant la construction offshore, là encore la croissance du nombre de projets est à deux chiffres (+19%). C’est le cas pour la pose de pipe et la construction sous-marine. Mais le variation la plus importante est à mettre au compte des plateformes flottantes (FPS) dont le nombre de projets a presque doublé (+90%), et ce après une année 2011 catastrophique (-30%). L’année 2012 a marqué un record en la matière avec un peu moins de 30 projets en cours de réalisation.

PGI : Dans ce contexte favorable, le raffinage fait pâle figure…

OA : Les dépenses de raffinage en 2012 n’ont en effet augmenté que de 1,5% pour atteindre 71 milliards de dollars. Ce coup de frein sur les dépenses de capital est à mettre au compte des répercussions de la crise de 2011 et 2012. Le ralentissement concerne également les dépenses de maintenance. Mais ces chiffres ne donnent pas une image fidèle de la réalité car les situations sont très hétérogènes entre les régions. L’Europe et les Etats-Unis ont vu leurs capacités diminuer, l’Asie-Pacifique et le Moyen-Orient se stabiliser, tandis que l’Amérique du sud était la seule zone enregistrant une augmentation du nombre de projets. Les pays industrialisés vont continuer à restructurer leur secteur du raffinage tandis que les investissements se concentreront sur les pays émergeants. C’est la tendance de fond. A noter que la Chine représente à elle seule 40% des projets dans le monde.

PGI : Dans quelle mesure le développement de la production d’hydrocarbures non-conventionnelles impacte le secteur du parapétrolier ?

OA : Le développement massif des hydrocarbures de roches-mère a entraîné un changement de paradigme majeur aux Etats-Unis. S’ils continuent ainsi, ils deviendront le premier producteur de gaz au monde en 2020. Pour l’industrie parapétrolière, cela s’est traduit par une forte hausse de son chiffre d’affaires : la seule vente de services de fracturation/pompage a été multipliée par 3 entre 2010 et 2012, pour atteindre 50 milliards de dollars. Il est vrai que la chute du prix du gaz sur le Henri Hub (jusqu’à 2$/MBtu) a entrainé une forte baisse des forages gaziers, mais celle-ci a été compensée immédiatement par une hausse des forages d’huile. La nature des opérations en a été logiquement modifiée. Ainsi, il y a encore quelques années, les forages horizontaux ne représentaient que 20% du total aux Etats-Unis contre 80% de forages verticaux. Aujourd’hui le rapport s’est inversé.

PGI : Les compagnies françaises ont-elles su surfer sur la vague des gaz de schiste ?

OA : Les compagnies françaises se sont positionnées tôt sur ce marché et en récoltent déjà les fruits. C’est le cas de Vallourec bien sûr, mais aussi de CGG dont l’expertise sismique permet d’optimiser les opérations de fracturation et d’en mesurer l’extension. Schlumberger est un leader des opérations de fracturation. Saint-Gobain fournit également des billes céramiques pour  maintenir la fracture ouverte et Veolia propose ses services de retraitement des eaux. On peut signaler aussi SNF Floerger qui fournit des produits chimiques ou notre filiale Beicip-Franlab qui se positionne sur l’évaluation des ressources. Comme dit le proverbe : « Lors de la ruée vers l’or, ce sont surtout les vendeurs de pelles et de pioches qui ont fait fortune ! ».

PGI : Quels sont les défis auxquels sont confrontés nos « champions » ?

OA : Les groupes français sont historiquement leaders du secteur. Des entreprises comme Technip, CGG ou Schlumberger sont des références, difficiles à concurrencer. On note néanmoins la montée en puissance de sociétés étrangères comme la chinoise BGP qui est devenue un acteur important de la sismique terrestre. Ces ambitions des nouveaux entrants se heurtent aux coûts élevés d’entrée sur le marché. Dans l’industrie parapétrolière, la clé du succès réside généralement dans la technologie. CGG par exemple se distingue ainsi avec sa nouvelle solution dite  « Broad Seis » qui combine des avancées technologiques dans l’acquisition et le traitement de données. Jusqu’ici, les entreprises françaises ont toujours eu un coup d’avance sur leurs concurrents. Leur leadership dépendra de leur capacité à maintenir cet état de fait.

PGI : Comment jugez-vous la concentration des acteurs du secteur ?

OA : La concentration est un phénomène présent dans tous les secteurs industriels. Les fusions/acquisitions permettent d’augmenter les synergies, d’obtenir des économies d’échelles, en un mot, d’être plus efficace. Ainsi la pression concurrentielle a poussé les acteurs à se regrouper pour être plus forts : Technip qui rachète Cybernétix, Schlumberger qui acquiert Geoservices ou encore CGG qui intègre une partie de Fugro… Cette croissance de la taille des parapétroliers leur permet de réaliser des projets plus complexes et plus coûteux qui nécessitent une assise financière forte.

PGI : Quels sont les projets qui font rêver les parapétroliers aujourd’hui ?

OA : Ils sont nombreux car cette industrie se caractérise par une culture de l’innovation qui ouvre en permanence de nouvelles portes. A deux pas de chez nous, la mer de Barents, grâce à l’accord diplomatique trouvé entre les autorités norvégiennes et russes, s’ouvre à l’exploration. Au Brésil, le sub-salt présente des difficultés considérables pour lesquelles les compétences des parapétroliers seront indispensables. D’autres régions du monde tel que l’Afrique de l’Est ou le bassin du Levant représentent des zones nouvelles qui s’ouvrent. Last but not least, les unités flottantes de liquéfaction de gaz sont un rêve qui va devenir réalité.

 

 Propos recueillis par Romain Chicheportiche

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