Taxe sur le carbone et le nucléaire, rien sur le diesel

2013-09-26T11:20:53+00:00

Après le discours du président de la République, François Hollande, en ouverture de la conférence environnementale, Jean-Marc Ayrault l’a clôturée samedi en focalisant son intervention sur les moyens de financement. Le gouvernement a confirmé l’introduction de la taxe carbone, largement attendue, et d’une autre sur le nucléaire, jusqu’ici peu discutée. Le Premier ministre a ainsi résumé l’axe de financement de la transition énergétique : « Les énergies fossiles et nucléaires seront mobilisées pour atteindre nos objectifs ».

Un financement aigre-flou

Si le dossier de la Contribution climat énergie (CCE) est complètement ficelé, on ne peut pas en dire autant sur le nucléaire. La CCE sera inscrite dans la loi de finances 2014 et montera progressivement en puissance jusqu’en 2016 où elle devra rapporter 4 milliards d’euros (contre 2,5 milliards en 2015). Le gouvernement a d’ores et déjà prévu un allègement de taxe sur les carburants et le fioul domestique en 2014 pour que l’introduction de la CCE soit indolore pour les consommateurs, l’année prochaine en tout cas, et l’exonération des professionnels du transport et de la pêche (provoquant au passage l’ire des agriculteurs).

La contribution financière du parc nucléaire français, bien que longtemps demandée par les écologistes, est en revanche une petite surprise. Rien de précis sur cette taxe, si d’une taxe il s’agit. Aucun montant prévisionnel n’a été précisé pas plus que les modalités : « Pendant toute la durée de vie restante de nos centrales, et tout en assurant une sécurité maximale, notre parc nucléaire sera mis à contribution », a déclaré le Premier ministre, sans plus de détail. Un flou qui ne perturbe pas le sénateur écologiste Ronan Dantec qui y voit un « retour de l’Etat, notamment face à son opérateur historique ». Faire contribuer le nucléaire est aussi « une bonne nouvelle » pour le député Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Denis Baupin. « Je ne sais pas quelle forme ça peut prendre, mais le fait que le nucléaire paie la transition est un juste retour, parce qu’on a tellement payé pour le nucléaire ! » s’est-il réjoui. D’aucuns craignent cependant que ce prélèvement sur la rente nucléaire soit un cheval de Troie pour la prolongation tacite des réacteurs au delà de 40 ans…

Réactions

Le Medef s’est dit plutôt rassuré : « On s’engage dans une démarche dans laquelle on sera capable d’ajuster année après année, en fonction de la croissance et des évolutions technologiques, les objectifs et les moyens de les atteindre », a dit l’un de ses responsables, Jean-Pierre Clamadieu. Les professionnels du bâtiment ont obtenu la majorité de leurs demandes, notamment la baisse de la TVA à 5% pour la rénovation thermique.

Les ONG sont, elles, déçues. La fondation Nicolas Hulot trouve « incompréhensible » que la problématique de la taxation du diesel n’est même pas été évoquée par Jean-Marc Ayrault. « Un beau discours, des belles envolées mais quand est-ce que cet élan va enfin se traduire dans des faits concrets », a quant à lui regretté Benoit Hartmann de France Nature Environnement.

Noël Mamère s’est lui offusqué des annonces faites qualifiant de « grande opération d’enfumage » cette conférence environnementale. Le député écologiste a appelé les sénateurs et députés de son parti à ne pas voter le budget 2014 en l’état et « je demande aux responsables du parti d’examiner notre présence dans un tel gouvernement », a-t-il ajouté. « Pour ceux qui se sont empressés d’applaudir François Hollande » après son discours vendredi devant le conférence environnementale, « la suite a dû être très brutale quand ils ont entendu Jean-Marc Ayrault samedi défendre une transition écologique version Medef et FNSEA », a grincé le député-maire de Bègles auprès de l’AFP.

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