Total restructure le site de Carling

2013-09-06T09:42:55+00:00

Total a annoncé mercredi en fin de journée le plan de restructuration de son site pétrochimique de Carling (Moselle). Dans un communiqué de presse intitulé « Total a un plan d’avenir pour la plateforme de Carling », le groupe dirigé par Christophe de Margerie envisage « de développer de nouvelles activités sur les marchés en croissance des résines d’hydrocarbures (Cray Valley) et des polymères tout en arrêtant, au cours du second semestre 2015, le vapocraqueur qui est lourdement déficitaire ». Total prévoit d’investir 160 millions d’euros d’ici 2016 pour financer cette restructuration.

Casse sociale

Si le plan conduira à la suppression nette de 210 emplois sur les 554 que compte le site lorrain, la compagnie assure qu’il n’y aura « aucun licenciement, ni mobilité forcée ». Les suppressions de postes se feront par des départs en retraite et pré-retraites anticipées. Les syndicats, qui s’attendaient à une annonce de ce type en début de semaine (voir notre article), ne dissimulent pas leur déception. Selon Khalid Benhammou, coordinateur groupe CFE-CGC chez Total, en comptant les emplois indirects, le bassin de Carling va perdre plus de 600 postes, « une hémorragie dont la région n’avait pas besoin », rapporte l’AFP. « C’est d’autant plus une catastrophe pour la région, que cela peut faire une réaction en chaîne avec les emplois dans le commerce et les services », a renchéri Eric Sellini, coordinateur groupe CGT. Pour sa part, la CFDT a condamné les suppressions de postes et dénoncé « le manque d’anticipation et d’investissements de la part de la direction du groupe » qui « a conduit ce site à se dégrader plus rapidement dans un contexte économique difficile ». Une critique que rejette Patrick Pouyanné, le patron de la branche Raffinage Chimie de Total : « C’est une évolution, mais une évolution nécessaire et qu’on compte bien mener. (…) Il faut prendre nos responsabilités, c’est notre job, sinon on va dans le mur et on ne prépare pas l’avenir », a-t-il fait valoir.

Manque d’intégration et concurrence internationale

Le site pétrochimique de Carling. (c) Marco Dufour - Total


Le site pétrochimique de Carling. (c) Marco Dufour – Total

La décision de Total n’est pas vraiment une surprise au regard de l’état de la pétrochimie européenne. Selon l’Association des producteurs pétrochimiques européens (APPE), la demande d’éthylène est tombée en 2012 à 19,2 millions de tonnes, contre un peu plus de 22 millions en 2007. De fait l’Europe de l’ouest se trouve en surcapacité. Face à ce contexte économique défavorable, le site de Carling semblait le moins bien armé à affronter les difficultés que rencontrent les sites pétrochimiques français. D’abord parce que c’était le seul de l’Hexagone à ne pas être couplé à une raffinerie. Deuxièmement, l’appareil productif a été basé sur le naphta, issu du pétrole dont le prix ne cesse d’augmenter, relevant mécaniquement les coûts. Et ce, alors que dans le même temps, les sites américains sont approvisionnés en gaz de schiste trois fois moins cher. Pas étonnant donc de voir le groupe français ouvrir des vapocraqueurs chez l’Oncle Sam pendant qu’il en ferme sur le Vieux Continent…

Faire de Carling le leader des résines et polymères

Pour Total, l’avenir de Carling ne peut donc passer que par un repositionnement de l’activité vers les plastiques et additifs à forte valeur ajoutée. Il s’agit notamment des résines d’hydrocarbures, « une chimie un peu différente, plus en aval dans la chaîne, qui a des applications sur des marchés en forte croissance tels que les écrans tactiles ou l’automobile. C’est de la valeur ajoutée car la part de la matière première dans cette chimie là n’est que de 10 à 15% du prix », explique Patrick Pouyanné. Le groupe y développera aussi la fabrication de thermoplastiques, prisés des constructeurs automobiles comme alternative à l’acier pour alléger leurs véhicules.

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