Une interconnexion électrique sans RTE

2014-04-10T14:29:59+00:00

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a donné le 9 avril une dérogation « partielle » à la société ElecLink lui permettant de construire une nouvelle interconnexion électrique entre la France et la Grande-Bretagne. L’annonce, d’apparence anodine, est importante car c’est la première fois qu’une autre entreprise que Réseau transport d’électricité (RTE), de surcroit privée, ajoute des capacités de transport sur le réseau haute-tension français. Si des exemples existent pour les infrastructures gaz (ex : le Trans-adriactic-pipeline), c’est une première européenne !

Exception à la règle

(c) EDF - Bruno Conty

(c) EDF – Bruno Conty

La CRE, et son homologue britannique l’Ofgem, justifie cette dérogation en expliquant s’être assuré « qu’ElecLink maintiendrait les apports attendus de l’interconnexion, à savoir une sécurité d’approvisionnement renforcée, une baisse des coûts de production et une concurrence accrue en matière de fourniture d’électricité ». ElecLink est détenue à 51 % par Star Capital (un fonds d’investissement spécialisé dans les actifs Oil&Gas, utility, télécommunications, transports et santé) et 49 % par Eurotunnel. Des négociations ont été menées entre la compagnie et les régulateurs de part et d’autre de la Manche pour définir des conditions à cette dérogation de 25 ans. La CRE et l’Ofgem ont estimé que les recettes inscrites dans le plan d’affaires présenté par la co-entreprise « pourraient être significativement plus élevées que les prévisions affichées par le porteur du projet ». Ils ont ainsi jugé nécessaire d’introduire un mécanisme de partage des profits qui se déclenche à partir d’un seuil non communiqué au-delà duquel la rémunération semble déraisonnable. ElecLink aurait également souhaité appliquer des règles d’accès différentes ce que lui ont refusé les régulateurs. Ils assurent par ailleurs qu’ils surveilleront de près le « respect des règles d’organisation et d’indépendance vis-à-vis des sociétés exerçant une activité de production ou de fourniture d’électricité ».

Plaque de cuivre

L’interconnexion d’ElecLink, d’une capacité de 1 000 MW en courant continu, courra sur 70 km sous le tunnel de la Manche. Elle fait partie des « projets d’intérêt commun » approuvés par la Commission européenne le 14 octobre 2013. En élevant les capacités d’interconnexion, les consommateurs « isolés » peuvent avoir davantage accès à des sources de production moins coûteuses. En stabilisant un peu plus le réseau électrique européen, les interconnexions réduisent les coûts d’opération et favorise le développement de la concurrence sur le marché unique. C’est pourquoi ces projets sont généralement soutenus par la Commission européenne qui dispose néanmoins d’un pouvoir de révocation qu’elle doit exercer dans les quatre mois.

Deux autres projets d’interconnexion France-Angleterre sont actuellement portés par RTE. IFA2, conduit conjointement avec le gestionnaire de réseau britannique (National Grid), prévoit la construction d’une ligne HT de 200 km et de 1 000 MW au 3ème trimestre 2019. Le projet France-Alderney-Britain (FAB) est quant à lui mené avec le groupe industriel FabLink. La ligne oscillerait entre 1 000 et 1 400 MW et pourrait être mise en service vers 2021-2022. A l’heure actuelle, l’Hexagone est connecté au Royaume-Uni par une seule interconnexion de 2 000 MW.

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